LA PLACE SAINT SÉBASTIEN, ALIAS PLACE DE LA POSTE

 

           Au bout de la rue Saint Sébastien, une place, à moins qu’on parle d’un carrefour ! Le chemin de Saint Sébastien monte vers le col de la Basse d’un côté et de l’autre, c’est la route de la Prunière, cependant que la Route Haute débouche, contenue par la salle des fêtes, autrement dit le Cercle.

           Mais ces routes sont « modernes », établies peu à peu, du XIXe au début du XXe siècle. En 1834, le cadastre n’indique que le Chemin de Saint Sébastien, en continu, du village vers le col de la Basse. Cependant deux indications y sont mentionnées : l’aire et la chapelle Saint Sébastien. Toutes choses qui ont disparu aujourd’hui !

           L’une, l’aire, remplacée par le jardin d’enfants. Sous quelques centimètres, le dallage de roches sur lequel un cheval tirait le rouleau de pierre froide, le « barulaire », pour le dépiquage des grains. Il s’agissait de séparer ces grains de leur épi. Pour ce faire, le rouleau légèrement tronconique avançait en tournant autour d’un poteau. Peu à peu, le cheval se rapprochait du centre, une fois arrivé, il suffisait de repartir en sens inverse. Cette marche circulaire et répétée était suivie du vannage au vent du mistral : on jetait en l’air une pelletée après l’autre, la paille légère retombait plus loin, le grain sur place. Pour parfaire ce tri, on se servait ensuite du tarare ou « ventarelle » : le blé était prêt pour le moulin. Travail pénible d’autant qu’on commençait en été, mais joyeux surtout si la moisson abondait : alors, l’année serait bonne. Sur l’aire, on traitait aussi les pois chiches dont Mimet resta longtemps un bon producteur. A ce point, qu’avec les gens de Peypin et sans doute d’autres villages de l’Étoile, nous le rapporte Pagnol, on nous appelait les « manjo-pes », c’est-à-dire les mangeurs de pois chiches ! Excellents en salade avec des oignons ou en soupes et ragoûts ! Voire grillés ou en farine. Longtemps, il resta le « barulaire », un jour on le poussa en dessous : peut-être y est-il encore ? Puis l’aire devint jardin d’enfants : il faut leur dire qu’à Mimet, pour avoir une tartine avec de la confiture, cela commençait à cet endroit !

           De l’autre côté, il y a la poste. A cet exact emplacement se trouvait la chapelle Saint Sébastien, patron des paysans et les Mimétains étaient des paysans. En même temps, Sébastien protégeait des épidémies, surtout de la peste, car chaque saint a une spécialité. En 1720, à Septèmes, 423 morts sur 540 habitants, à Simiane 257 sur 770, à Allauch 500 morts. A Mimet, la peste semble évitée. Le bon air des hauteurs, la tradition d’avoir des chats à Mimet, la faiblesse des rapports avec l’extérieur ? Le Bureau de Santé de Marseille, constatant l’inutilité des mesures d’hygiène, recommande de « faire construire d’abord, après la délivrance de ladite contagion, une chapelle à l’honneur dudit saint. » Ce qui fut fait sans doute vers 1721 ou 1722, lorsque la peste lâcha prise. Après tout, ailleurs on a bien édifié le « mur de la peste » ! Bref, la chapelle figure sur les cadastres postérieurs. Fin XIXe, pour ramener les Mimétains à une meilleure pratique religieuse, on ajoute une belle croix de fonte plantée dans un gros bloc de calcaire, un bon m3, juste contre le mur, à l’entrée de la chapelle. Mais le XXe siècle, celui où les hommes multiplient les guerres mondiales donc les malheurs, fut celui de l’abandon de l’esprit religieux : chapelle désaffectée, croix disparue, après 1945 le lieu devient remise pour le corbillard municipal peint en noir et tiré par un cheval prêté par un paysan et garage des pompiers. A cette époque, un dodge à grosses roues crantées, peint en rouge, enrichi d’une citerne pour l’eau, engin hérité des surplus de l’armée américaine, fait office de véhicule d’intervention. Modeste matériel, mais bien servi par des pompiers aguerris. Jusqu’au moment où Mimet fut doté d’une poste importante. Tout fut rasé au ras du cimetière : la chapelle se trouvait à l’emplacement où le public est reçu. Qu’il s’en souvienne et soit patient avec le postier !                                                                                                                                                                                    

                                                                   Bernard Duplessy