LA NATURE À MIMET

      LE GÉANT DE MIMET

 

      D’un côté, au sud, un continent, la Tyrrhénide. Il va jusqu’en Corse et en Sardaigne. De l’autre, au nord, à l’emplacement de la Provence, la mer. Une étendue peu profonde : c’était le jurassique entre 160 et 140 millions d’années en arrière.

      En certains secteurs, des barrières coralliennes se forment et accueillent des vies terrestres : des dinosaures. Peu à peu, les dépôts s’accumulent nourris par le continent sud et l’érosion des terres émergées. C’est la plate-forme calcaire de l’urgonien (de Orgon, village près de Cavaillon où cette roche fut reconnue) : il y a 100 millions d’années.

       Le temps d’après voit la formation des bauxites et des ocres au sein de petits bassins marins. Période agitée par les mouvements de la croûte terrestre (bloc africain contre bloc européen). De nouvelles terres émergent où naissent ocres et bauxites.

       À présent, c’est le socle provençal qui perce, attaqué aussitôt par l’érosion : la mer tyrrhénide s’emplit de matières deltaïques, celles des fleuves et de récifs coralliens surgissent. Cependant, sous le poids croissant et sous l’effet des mouvements de la croûte terrestre, le sol marin s’affaisse et ce sont des centaines de mètres de sédiments qui s’accumulent.

       Vers la fin du crétacé, à moins 75 millions d’années, la mer se retire. C’est le règne des dinosauriens : hypselosaurus, un sauropode herbivore de 15 mètres de long, ou compsognathus corallestris de 1 mètre, mais redoutable carnassier agile, s’installent avec d’autres.

       Pour mémoire, au fuvélien (de Fuveau) la matière organique se dépose : ce sera la lignite exploitée au XXe siècle.

       Puis ce sera la disparition des fameux dinosaures. Ils ne partiront pas seuls : ammonites géantes, rudistes, bélemnites…ces coquillages de la fin du crétacé deviendront des fossiles. Hypothèses pour ces extinctions ? Changement de climat, cendres volcaniques, chute d’un astéroïde géant ?

       À moins 65 millions d’années, les mouvements dits pyrénéens donnent naissance aux plis provençaux est-ouest, dont celui de la chaîne de l’Etoile et de toutes les collines de la commune de Mimet : c’est l’oligocène. On se doute que les roches du portlandien et de l’urgonien ne se sont pas plissées sans résistance : des failles et des cassures en résultent. Ces mouvements, dont les prémisses commencent à la fin du crétacé, se font par saccades. Entre chacun d’entre eux, une sédimentation de type lagunaire met en contact des roches tendres et épaisses au nord de la chaîne, et des calcaires dolomitiques (vers N. D. des Anges) au sud. Non seulement les roches craquent, mais elles sont parfois charriées et des chevauchements inversent la sédimentation comme au col Sainte-Anne où il ne reste que la racine des plis, les synclinaux, le reste ayant été détruit par l’érosion.

       Mais vers moins 25 millions d’années, au miocène environ, le continent de la Tyrrhénide se rompt : il n’en reste que les îles de la Corse et de la Sardaigne, les Maures et l’Esterel en Provence.

Ces soubresauts mettent définitivement en contact les vieilles masses calcaires épaisses et dures avec celles des marnes du gargasien (aptien : crétacé) et du fuvélien. Ce dernier donne ce calcaire dont on a construit toutes les maisons de Mimet et de ses environs. Il s’agit de lignite incluse dans un calcaire gris-bleu, une roche feuilletée, sensible au gel. Le Géant de Mimet, on dit aussi « baou de Roman », avec plus loin le « baou Traouca » ou « Gros Trou », forme ce relief : une faille donc une falaise de plusieurs dizaines de mètres de hauteur.

       Cette cassure ancienne a dû se former et rejouer à plusieurs reprises, en des tremblements de terre mémorables, des cataclysmes inoubliables. L’un des derniers, sinon le dernier s’est sans doute produit au paléolithique chez les hommes du néandertal : « lorsque le Géant se lèvera, ce sera la fin du monde » dit la légende à Mimet ! C’est, à coup sûr, l’écho de cette catastrophe qu’elle nous conte des milliers, voire des dizaines milliers d’années plus tard ! La terre est vivante.  

       LES TÉMOINS DU TREMBLEMENT DE TERRE DE 1909

 

      Il y a les aniles, ces X de fer qui tiennent les murs ébranlés: une longue tige d'acier est vissée sur l'extérieur des murs aux aniles. À Mimet, presque chaque maison en porte, le donjon ou maison Portigliati en est largement pourvu. Ici, les boutisses, ces longues pierres blondes, n'ont pas suffi.

      Un jour de 2016, un vendredi 6 mai, des débroussailleurs sont venus. Ils ont nettoyé la pente du Barri, côté ouest, entre les deux routes, au-dessus celle de la Mègre. Jusqu'ici, à la connaissance des Mimétains, personne ne l'avait fait. Il est resté l'herbe hachée, les ronces pulvérisées, et... deux pièces de fer forgé. L'une, une sorte de tige avec une manivelle et une attache avec des clous : elle est intacte. L'autre, un carré de fer forgé avec un côté en demi-cercle. Mais il est défoncé.

       Il s'agit d'une pièce de charrette qui devait tenir le cadre des planches. Lorsqu'elle a reçu le mur secoué par le tremblement de terre, le choc fut si fort qu'il a provoqué cette déformation surréaliste. Un sculpteur n'aurait pas mieux fait !

       La nature donne ses leçons ; parfois, pour les recevoir, il faut du temps : ici, il a fallu presque 107 années pour qu'elle nous parvienne.

       Les aniles sont sous nos yeux depuis ce temps, mais personne ne sait plus à quoi elles servent et pourquoi on les a posées.

       C'est souvent comme ça avec la nature, il faut savoir ne pas l'ignorer.

       Les deux témoins de la charrette accidentée sont à la "Maison de la Mémoire", sous la voûte millénaire qui, elle, n'a jamais bougé malgré l'effondrement du presbytère en 1589, sa reconstruction, puis ce tremblement de terre en 1909.