LE VILLAGE DE MIMET

       LA  FORTERESSE  DE  MIMET

       Une photographie montre le début de la naissance d'un arc en plein cintre roman construit dans l'épaisseur de la muraille d'enceinte. Il prend racine contre le mur sud-ouest du donjon avec, sur la même photographie, l'existence d'un escalier montant vers le chemin de ronde, toujours côté sud-ouest.

       Il s'agit d'un vestige, aujourd'hui disparu lors de la construction de la véranda Portigliati, d'une partie de l'entrée principale au château de Mimet.

       Avec les travaux du "Barri" (rempart en provençal), une structure est remarquée. Un morceau du rempart encore debout est apparent, l'autre n'est fait que de quelques pierres en place. En les dégageant, il apparut qu'il s'agissait de la suite de la muraille du château, mais avec un angle permettant de se raccorder au donjon. Cet angle est marqué par des "boutisses", pierres longues formant clé pour résister à tout événement (ce sera le cas lors du tremblement de terre de Rognes en 1909).

       En même temps, une seconde construction placée dans la pente, en avant du donjon, laisse découvrir un angle construit. On constate que, une fois dégagé, ce mur se raccorde, à angle droit, avec la base du bout de rempart sorti de sa gangue de terre et de gravats.

       L'idée s'imposa : il fallait poursuivre ces travaux de terrassement. Cette structure enterrée, à peine visible, fait 8 mètres à l'ouest, 3,3 m. dans le morceau rejoignant le rempart. Sa partie nord-est, alignée sur l'angle droit du donjon, fait 5,5 m., dont 3 m. sous la route. Il apparaît, en hypothèse, qu'il s'agirait d'une barbacane (ou défense avancée) devant le portail d'entrée : une tour, plus ou moins quadrangulaire, pour protéger et rendre difficile la pénétration dans la place, avec une première porte et un parcours en chicane. Lorsque une porte est ouverte, la seconde est fermée. Cela donne sur la haute cour. La hauteur de cette défense devait être celle du rempart, du chemin de ronde, ni plus haut, ni plus bas. Le long du donjon, plusieurs meurtrières protègent l'accès par le chemin de l'église.

       Ainsi, cette partie de la forteresse de Mimet, l'une des 72 de Provence, construite en haut de la colline avec une pente de 45°, était presque inexpugnable : la forêt n'occupait pas l'espace, sans pollution, on voyait jusqu'à Aix et tous les villages : Gardanne, Bouc-bel-Air, Fuveau...  Aucune surprise possible. La vue passait au-dessus des maisons du village : on observait la chaîne de l'Étoile jusqu'au Puech, le col de la Basse, un poste à 360°.

       Cette construction est datée du Xe et début XIe siècles : le commencement  de la féodalité. Les pierres gris-bleuté de Mimet, revêtues ou non de crépi, mais toutes jointoyées soigneusement pour éviter l'escalade à mains nues, laissent place aux meurtrières pour les archers, à des trous carrés en ligne afin de permettre l'usage de poutres qu'on y engageait : ce qui offrait, en disposant des planches, la possibilité d'avoir un échafaudage pour les réparations, l'entretien. Après les travaux, ces trous réguliers étaient rebouchés et repérés pour la fois suivante. La découverte d'une pierre de fronde montre que  des frondeurs participaient à la défense (arme de berger).

       On sait que le château fut pris une fois, le 22 août 1589 par les mercenaires du Duc d'Épernon : le fut-il par un assaut, par la soif ?  Que firent-ils ? Pillages, incendies, destructions ? On ne dispose d'aucune information. Sauf une : une tuile gallo-romaine, un fragment découvert en décembre 2015. Il porte des traces de mortier et de feu. D'autres morceaux, deux autres, faisaient partie de la construction du rempart Xe-XIe siècles, mais eux ne portent que des restes d'enduit. Il y a eu incendie à un moment donné : eut-il lieu au passage des mercenaires d'Épernon ? Nul ne peut le dire mais ce n'est pas impossible : le château de Mimet fut pris par ces gens. Il est probable qu'ils ne se soient pas contentés d'amabilités et qu'après le butin (on parlait du sac), ils aient mis le feu...

       Sans doute s'acharnèrent-ils sur la partie sud où des bâtiments plus "modernes" avaient été édifiés au XVe ou XVIe siècle : les fenêtres à meneaux l'attestent.

       Ainsi, le château de Mimet se composait d'une double construction. Le château vieux des Xe-XIe  siècles composé du donjon, de vastes salles voûtées sur lesquelles reposait le logis seigneurial, plus les remparts et deux cours.

       Et un nouveau château, plus avenant, confortable, avec fenêtres à meneaux sur l'Étoile, au bon soleil du sud, plus facile à chauffer, on a retrouvé des bouts de cheminée en pierre. C'est certainement pour ce second château qu'on pratiqua une ouverture, en forme de niche, dans le rempart : sans doute pour accéder à des caves sous les bâtiments. Ceci avancé sans certitude : la seule chose que l'on peut dire, c'est que cette niche n'est pas un poste de garde. Elle n'aurait servi à rien et constituait un point de faiblesse en cas d'attaque.

       De ce second château, presque Renaissance, il ne subsiste que la maison Corellou avec sa fenêtre à meneaux et son four banal (10). Tout le reste a disparu peu à peu : les pierres servent de matériau pour le village, sans doute depuis le XVIIe siècle et jusqu'au XXe.

       À examiner de près les cartes postales de Mimet (datées par la poste de 1905 à 1908, avant le tremblement de terre de 1909), on constate que sur la partie ouest du donjon à la première dépendance XVe-XVIe siècle, il y a une brèche de 20 à 25 mètres. Juste à la place de l'entrée principale du château. Si 1909 n'est pour rien dans cette anomalie, il faut chercher ailleurs l'explication. Au temps d'Épernon, les mercenaires ne s'occupaient que de pillage. Les destructions n'étaient que collatérales !

       Il se trouve que vers 1620-1630, après les guerres de religion, certains ultra catholiques, les ligueurs, cherchent encore à tenir tête au Roi Louis XIII et surtout à son premier ministre, Richelieu. Celui-ci, en homme d'État, veut asseoir le pouvoir royal. En 1620, le château d'Hyères est démantelé. En 1630, c'est le tour d'Orgon, qui appartenait à Guise. En 1631, c'est la cité des Baux qu'il fait assiéger, puis il pulvérise les remparts par "la poudre et la pioche". Il n'est pas impossible que Mimet, l'une des 72 forteresses de Provence, ait subi, partiellement, le même sort. Alors, environ 40 années après les mercenaires d'Épernon qui n'avaient rien arrangé, on peut envisager le travail des hommes du Roi. Il ne s'agissait pas de raser mais de rendre inoffensive la place : l'entrée du château et la barbacane la protégeant auraient disparu alors, arasées jusqu'au sol. Les pierres roulées dans la pente ont dû faire du chemin, le reste a enterré la base du rempart et comblé la barbacane que nous retrouvons aujourd'hui. Le château ne pouvait plus se défendre et l'orgueil du seigneur, famille des Estienne de Chaussegros (Jean d'Estienne de...) s'en trouvait rabattu. La forteresse devenait inoffensive, réduite à son donjon. Le logis seigneurial, lui-même, se trouvait exposé par l'effondrement du rempart à l'est, juste devant l'église. Là non plus, le tremblement de terre n'y est pour rien (cachet de la poste).

       Non seulement le rempart fut mis à bas, mais l'entrée d'une salle, ou d'une cave, a été malmenée, offrant un trou béant à la place de la porte. On peut supposer, ici aussi, que les ordres de Richelieu y sont pour quelque chose ! Cette fois, le mur, au pied duquel se trouvait le pilori seigneurial, face à l'entrée de l'église, perdait de sa superbe. On peut penser qu'une troisième brèche fut pratiquée, juste au-dessus de la rue de l'église. Ainsi, le château de Mimet, forteresse redoutable, comportait désormais trois brèches, une à l'est, l'autre à l'ouest  et une au sud.

       La famille Perrier acheta cette partie du château vers 1931 ou 32 : elle reconstruira cette portion de muraille en bâtissant l'escalier d'accès actuel toujours en place. En même temps, elle comblera avec de la terre, des pierres et autres, la cour pour en faire un jardin. Ce faisant, elle y enterrera les ruines d'un bâtiment dont le tracé se retrouve sur le cadastre de 1932. a troisième brèche sera remplacée au XVIIIe siècle par un mur de soutènement : pour la maison qui fut édifiée, en haut.

       Une carte postale datée de 1905 montre qu'il ne demeure que des hauts murs de façade du château XVe. En juin 1909,  c'est le tremblement de terre de Rognes : toute cette partie s'écroule dans la rue Mistral. Sauf un morceau du mur ouest.

       La municipalité de l'époque, en 1909, ne sachant quoi faire de ces gravats, édifia un petit mur à l'avant de la niche  pour y entasser derrière, ces monceaux de pierres et de débris. Elle fit sans doute, peut-être, bâtir aussi un dépôt à ordures ménagères. À son tour, cette construction faible, mal entretenue, tomba en ruines. En même temps, la quantité de gravats provenant de l'effondrement fut si volumineuse qu'il fallut les utiliser. Ils servirent de soubassement à la route goudronnée du Barri : un muret de soutènement, épandre ces débris et les recouvrir de goudron. Preuve en est, les deux morceaux de tuiles plates gallo-romaines découverts, l'un devant l'ancien établissement des "bains-douches", sous le revêtement, en 2013, durant les travaux de rénovation de la distribution de l'eau. Le second retiré en décembre 2015, pendant le dégagement du rempart, au-dessus de l'ancien dépôt d'ordures. Tous les deux portent des traces d'enduit à bâtir. Ils ont été utilisés lors de la construction des remparts (Xe-XIe siècles) comme matériel de réemploi et en provenance sans doute de la villa gallo-romaine des Vignes Basses : ces fragments se trouvent à la Maison de la Mémoire avec celui qui porte des marques de feu (mercenaires d'Épernon ?)

       Aujourd'hui, de vastes travaux (fin 2015 et 2016) sont entrepris par la mairie : faire disparaître les dépôts, bâtir une alvéole de rangement pour les conteneurs à ordures, aménager des places de parking, édifier un escalier, le tout en pierre de Mimet, pour accéder au château en toute sécurité, établir une table d'orientation, restaurer et en même temps préserver les vestiges médiévaux des remparts qui nous sont parvenus... Cet ouvrage regroupe à la fois des moyens modernes, et des moyens traditionnels. Les pierres sont taillées une à une par des tailleurs de pierre, comme il y a mille ans. Une magnifique réalisation donnant sur un point de vue unique. En construisant pour l'avenir, Mimet a retrouvé son passé.   

       UNE MEURTRIÈRE

       Sur les remparts, il en subsiste quatre. Ce sont, en fait, des postes de combat pour un archer. Elles sont creusées dans l'épaisseur du mur qui fait 1,60 à 1,80 mètre. La meurtrière n'apparaît à l'extérieur que comme une fente de quelques centimètres de large sur 0,50 mètre de hauteur. Au dedans, comme il ne faut pas affaiblir la muraille, l'ouverture part en biseau vers l'intérieur puis s'évase pour donner de l'aisance au combattant. Au-dessus de lui, un premier bloc plat vers le haut, bloqué par un second qui supporte le poids du rempart et assure sa cohérence.

       S'il faut que l'archer soit à l'aise, il ne faut pas fragiliser la fortification. En sa meurtrière, le combattant peut tirer debout ou un peu fléchi sur ses genoux, l'angle de tir venant rejoindre celui de la meurtrière suivante. En-dehors d'une broigne de cuir, le guerrier n'a besoin d'aucune protection. Son arme, silencieuse, est redoutable : elle peut traverser les meilleures cuirasses.

       L'arrière de la meurtrière donne sur la cour du seigneur et se trouve à son niveau : aller de l'une à l'autre peut se faire très vite et les troupes des Xe-XIe siècles sont peu importantes. Les pertes dues aux archers sont dissuasives. Surtout si, comme à Mimet, en haut du mur, il y a des frondeurs et leurs pierres tout aussi silencieuses et destructrices.

       En-dehors d'un siège en règle pour réduire toute résistance par la soif ou la faim, les engagements sont rapides, on tente de prendre pied sur le chemin de ronde, par surprise. Pour ce faire, on utilise des cordes munies d'un crochet qui se bloque dans un creux de pierre : les assaillants montent par escalade selon les manières de la varappe. Pour l'empêcher, il faut courir tout autour et trancher la corde avec une hache. Cela ne suffit pas, si le nombres des grappins est trop important : ce qui arrivera le 22 août 1589. La petite troupe du seigneur, vingt à trente guerriers, n'est pas assez fournie. À ce moment, les archers n'ont plus d'utilité : on en est au corps à corps...

          Aujourd'hui, les meurtrières, celles face à l'église, sont à moitié comblées : en 1932, les Perrier rehaussèrent le niveau de la cour du logis seigneurial. Ce faisant, ils recouvrirent un bâtiment en ruine et remontèrent la surface de 3 à 4 mètres. Pierres, gravats divers, débris de poterie constituèrent la masse avec de la terre arable. Les meurtrières furent bouchées en partie et on distingue encore le cône formé qui laisse un vide. Les maçons qui lavaient leurs outils l'ont fossilisé d'une mince couche de ciment où sont engluées quelques pierres.

       Il y a plus de quatre-vingt années que ces meurtrières attendent d'être dégagées : on pourrait le faire par le haut !

      

       Il servait à cuire le pain et l'opération était frappée d'un impôt, la banalité du four, d'un montant au vingtième, comme pour le moulin (à eau ou à vent), de la même importance : au total, pour manger du pain, il fallait perdre 10% de sa récolte ! Ce qui est considérable, sans oublier les larcins inévitables du meunier et du boulanger.

       Ce four, très beau sous voûte surbaissée, avec un plan de travail d'une coudée de large sur tout son long, avec une ample entrée, contenait une belle fournée. On ne sait où était l'avaloir des fumées. En cette boulangerie, on devait voir les farines apportées par les paysans et un pétrin, plus une table sur tréteaux pour façonner les pains.

       Ce fournil a une particularité : il n'y a pas d'ouverture, de fenêtre, à part la porte d'entrée. On peut comprendre que cette absence s'explique par le désir de garder la chaleur. Mais ici, cette porte donne derrière le rempart et il faut, pour gagner la rue, faire quatre à cinq mètres (ou dix canes) avant de se retrouver devant une poterne ouverte dans la muraille : forte d'un bois épais, encadrée par un très bel arc roman dont il existe deux autres exemplaires dans le village, cette entrée est à trois mètres au-dessus du sol (6 canes). On ne pouvait entrer et sortir qu'à l'aide d'une échelle qu'on manoeuvrait de l'intérieur de la forteresse ! Le souci de la sécurité et de la défense n'explique pas tout.

       Échaudé par le meunier qui prélevait la banalité, le paysan mimétain devait s'exprimer lorsqu'il recevait sa fournée. Vu qu'il fournissait les fagots pour le feu, en guise de paiement de ses corvées, on peut comprendre son mécontentement. Devant cette poterne, huit à dix hommes énervés attendaient avec angoisse leur dû. Au moment de la réception des pains, c'était presque une émeute qu'il fallait calmer. Le plus simple, pour couper court, c'était de retirer l'échelle. Il restait aux paysans les menaces et les injures : il suffisait de ne pas les écouter !

       Ce n'est pas pour rien que le fournil restera, au XIXe, une salle où se réunissait le conseil municipal : au chaud, l'hiver, dans un lieu qui représentait l'autorité seigneuriale et qui avait coûté si cher en pains.

 

       Cependant, Mimet est une forteresse, l'une des 72 répertoriées en Provence. Cette poterne est un point faible de la fortification. Il faut concilier paix sociale relative et efficacité militaire.

       D'autant qu'au-dessus de la boulangerie, se trouvait le pressoir à huile (pierre de contrepoids sur la Place du village et relevée ici) : à quelques mètres en haut et vers l'ouest (à l'emplacement du garage Corellou). Cette pierre permettait de soutenir la vis en bois fixée en son centre et qui entraînait l'abaissement de la poutre qui pressait les scourtins emplis de pâte d'olive. L'huile s'écoulait et les paysans venaient la chercher. Le pressoir n'était pas gratuit et les prélèvements toujours jugés abusifs. La même affaire que pour le pain ! Il semblerait que ce quartier ait été réservé à ces opérations alimentaires.

       Pour que la défense n'en souffre pas, on peut imaginer une barbacane intérieure : un second mur en arrière muni, lui aussi, d'une poterne mais sur lequel pouvaient se tenir des soldats en armes. Une porte ne s'ouvrait que lorsque l'autre restait fermée : un piège pour toute intrusion intempestive et malveillante. Dès lors, l'entrée par cette poterne était aussi forte que pour la principale près du donjon.

       Mais une autre discussion se présente : les borneaux placés dans l'épaisseur du mur de la poterne, pour évacuer les eaux usées ou les pluies. Ils sont de facture moyennement ancienne et dépourvus de signature du fabriquant. On en faisait à Aubagne et ils servaient à l'évacuation ou à la conduite des eaux de source, et ce depuis des siècles, avant le grès, la fonte, le fer et le P.V.C. !

       Ils signifient qu'un bâtiment plus haut existait à cet endroit, celui du XVe siècle qui s'installa au sud de la forteresse sur toute la longueur du château. Il fut d'abord ruiné et en 1909, il s'effondra (tremblement de terre de Rognes, le 11 juin 1909 à 21h. 30).

       L'édifier n'empêcha pas le maintien de la barbacane, car le four et sans doute le pressoir avec sa vis en bois existaient encore au XXe siècle vers 1950. Quant au four, il fonctionna jusqu'après la Révolution : le nouveau maire, Philippe Etienne, est "fabricant" de pain et boutiquier en 1791, le 13 novembre, date des élections. La banalité du four avait disparu mais non la propriété qui était au ci-devant seigneur de Gras de Prégentil ! Nul doute que de Gras, homme procédurier et bon gestionnaire de ses biens, il n'émigrera pas et se tiendra à Aix, n'ait fait payer la location dudit four.

       À vrai dire, le four banal, devenu four quelconque à la Révolution, n'était pas le seul à Mimet : on en connaît à Fontbelle, à la Dillotte un four appartenant à deux familles, à Sire Marin, à Doudon, soit quatre autres fours au XVIIIe siècle. Celui de Fontbelle est vaste, doté d'un fumoir pour les viandes et retrouvé en ce début février 2016 ! Nul doute que le seigneur de Mimet ne les ait tolérés que contre versement d'une rémunération en argent ou en nature.

       Celui de Mimet a permis de faire le pain durant des siècles. Il appartient aujourd'hui à Monsieur Corellou qui l'a soigneusement respecté comme il a su restaurer le bâtiment du XVe, le seul encore debout.

 

                                                     

      

       30 mars 2016.

       Escalier de liaison entre le château vieux et le barri.

       Pendant les travaux, une balle de fronde est trouvée dans les déblais, avec mortier de chaux, débris de tuile..., dus à la démolition, ou arasement de la tour-barbacane à l'entrée du château.

       Cette balle de fronde raconte une histoire. Une des techniques gauloises de combat reposait sur l'utilisation d'une telle arme : les bergers en usaient. À l'oppidum, on avait constitué des tas de ces pierres déposées sur les remparts et retrouvées en contrebas par les archéologues vers 1982.

       Aux Xe et XIe siècles, le château de Mimet est bâti. Le seigneur, sa famille et quelques guerriers y vivent et défendent ce château. Sans doute aussi avec quelques Mimétains, occasionnellement ou en permanence. L'un d'eux avait conservé l'usage de la fronde de ses ancêtres, et ce depuis l'oppidum qui fut abandonné à la fin du IIe siècle avant J.-C.. Mille deux cents ans, ou plus, après, sur le rempart du château, ce Mimétain se servait de cette méthode de guerre, silencieuse et mortelle.

       Cette pierre a-t-elle tué ? Et qui ? En quelle circonstance ? Une trouvaille archéologique apporte toujours plus de questions que de réponses. Ces réponses sont souvent surprenantes et logiques.

       Une autre pierre, plus grosse, semblable à un coeur, avait été déterrée au pied du rempart. Était-elle à ce même frondeur ? Y avait-il une intention dans le choix d'une telle pierre ? Sa forme un peu aplatie réclamait qu'elle fût envoyée à plat, comme un galet qui ricoche dans l'eau. Ce frondeur aurait été alors d'une habileté redoutable, capable d'adapter son tir à la pierre qu'il expédiait.

       Mais cette hypothèse ne tient pas. La pierre en question était engagée dans la maçonnerie, des traces de mortier de chaux en attestent.

       Alors, il reste que ce galet à l'allure d'un coeur fut amené par ce même frondeur et qu'on lui a pris sa pierre pour la bâtir. Cependant, s'il l'a amenée, c'était d'abord parce qu'il espérait s'en servir pour sa défense et qu'il était capable d'y arriver. Ces galets attestent de son habileté. Il en garda un pour le combat, et céda l'autre pour entrer dans la muraille qu'il contribua à bâtir : elle avait la forme d'un coeur.

                                                                                                                                            

 

      

       Sur environ cent mètres de long et cinq mètres de large, sur une épaisseur d'environ un mètre, ce qui fait au total cinq à six cents mètres cubes, on a des débris. Ils sont composés de pierres taillées, de caillasses, de mortier de chaux, de tuiles, poteries diverses, bouts informes, os : ils proviennent en grande partie du château de Mimet.

       Celui du XVe, abattu, du moins ce qu'il en restait, par le tremblement de terre de Rognes, le 11 juin 1909 à 21h. 30. Les murs de façade du château s'écroulèrent et encombrèrent la rue Mistral (ancienne Grande Rue), au point que les maisons du côté sud virent leur porte bloquée par ces amas (témoignage d'Émile, Liberté, Socrate Gajan).

       La municipalité d'alors, ne sachant que faire, décida de reprendre un ancien projet datant de 1867-69, mené en 1872 mais seulement en partie : le "chemin de petite communication n°2", dit la "route Basse" fut bien réalisé, mais non la partie achevant le tour du village, dite aujourd'hui "le Barri". Ce fait se voit sur les cartes postales publiées dans les années 1900, cachets de la poste faisant foi : 1905, 1906...

       En 1909, cette masse de matériaux fut utilisée de la sorte. Une partie d'un côté, sous les derniers vestiges des remparts du Xe-XIe siècle. Le reste, bloqué par le parapet, sur un mètre de profondeur, servit de base à la route que l'on goudronna.

       Les travaux de rénovation des remparts, fin 2015 et ceux de l'enfouissement des lignes électriques du début 2016, fonctionnant comme un sondage archéologique, le démontrent ainsi que les quelques morceaux récupérés et qui sont à la Maison de la Mémoire :

       manteau de cheminée (2013 et 2015),

       colonne centrale d'une fenêtre à meneaux (2015),

       pierres taillées blondes (2015),

       carreaux de sol (2015),

       morceaux de tuiles gallo-romaines ( 2013 et 2016),  

       débris de mortier de chaux (2016),

       débris de poterie culinaire, le tout sous le goudron ou dans l'épaisseur du remplissage sous-jacent.

 

                                 

 

            L’ANCIENNE MAIRIE

        L’histoire de la motte seigneuriale de Mimet, très agitée, ne laisse que peu d’éléments architecturaux cohérents. Commencée aux Xe et XIe siècles, abattue, rebâtie, tronçonnée en de multiples propriétaires, on ne distingue plus grand-chose aujourd’hui, sauf la structure générale.

         Il n’en est pas de même avec l’ensemble composé par l’église et ses bâtiments annexes. Edifiée au XIe siècle, l’église de la Transfiguration, nommée ainsi en 1510, alors consacrée à la Nativité de Marie, était plus petite qu’aujourd’hui. Elle fut reprise ou reconstruite vers 1520-25, puis agrandie entre 1770 et 1780 (rehaussée, façade avancée à l’ouest…). A noter que les deux cloches sont, l’une de 1761 et l’autre (remplacée en mars 2008) de 1774, fondues toutes les deux en Aix par le maître-fondeur Galopin : elles échappèrent à la fonte générale que connurent la plupart des cloches de France au moment de la Révolution.

          Un « compte-fait » ou devis parle de la construction d’un presbytère vers la partie sud de l’église, de 1525 à 1526. De cela, il ne semble rien rester aujourd’hui. Il faut rappeler qu’avec les guerres de religion, Mimet fut ravagé par le Duc d’Épernon de 1589 à 1595. Il est possible qu’alors, ce beau presbytère tout neuf ait été réduit en cendres ! Ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’on reconstruisit ce qui existe aujourd’hui : un ensemble rebâti sur des vestiges médiévaux, du Xe-XIe siècles (une cave-écurie voûtée). On fit plus petit mais doté d’un très bel escalier à balustres pleines avec nez de marches en chêne et malonnage, sans oublier une porte d’entrée refaite au XVIIIe siècle. Ce qui se voulait imposant et presque fastueux, différent des habitations paysannes, fut ramené à quelque chose de confortable, et ouvert sur le village dans l’esprit de la contre-réforme prêchée par les papes de Rome. Cette fois, les fenêtres ouvraient sur la place de l’église, vers l’ouest et non vers le sud sur la petite esplanade ensoleillée. Le presbytère n’était plus seulement la maison des prêtres, mais un lieu où les fidèles pouvaient être reçus. Il s’agissait de ne plus se couper de la population, de vivre sous ses yeux et d’être à disposition. De plus, le presbytère du XVIe siècle détruit par Épernon, avec ses probables trois étages, dépassait en hauteur le clocher, il fut ramené à deux, par humilité.

          Sous cet ensemble, contre l’église et sous le presbytère, un réservoir de cinquante mètres cubes servait, jusqu’à l’arrivée de l’eau courante (en 1957), à l’alimentation des 6 à 7 fontaines du village. Il faisait partie de la longue dépendance voûtée (20 mètres sur 5) placée sous le presbytère du XVIIe siècle. Peut-être vers 1865, il fut aménagé en bassin (50 m3 environ). Il s’agissait d’eau de source, toujours fraîche. Ce bassin fut d'abord alimenté par les sources du Géant. Elles devinrent insuffisantes ou s'asséchèrent peu à peu, il fallut en trouver d'autres, celle du Lavoir depuis 1829 : on remontait l'eau avec un moteur vers ledit bassin.

         Au moment de la Révolution et malgré les soubresauts immobiliers que connut le château lui-même, il semble que l’ensemble, de l’église au presbytère, ne fut pas tronçonné. Il reste que l’usage des diverses parties de ce bloc fut varié : bureau de poste, location à des artisans (menuisier, potier) avec leur logement sur place, sièges d’association, mairie ou annexes.

       Plus précisément, dès l'entre-deux guerres, les souvenirs de Josette Pastor racontent : "le secrétaire de Mairie, Monsieur Rovera de Simiane, y travaillait et durant la seconde guerre mondiale, Rovera, résistant, y abrita un parachutiste américain d'origine italienne, qui se cachait parfois dans le clocher de l'église, juste à côté. Lui, il habitait au premier étage. Au rez-de-chaussée, il y avait les archives communales, peu de choses à l'époque, et le dispensaire desservi par une soeur de Saint-Savournin."

       Le bureau de poste, lui, se trouvait dans la mairie actuelle, au fond, là où s'ouvre aujourd'hui l'accueil. La première salle, à l'entrée, servait déjà de salle des mariages. Et,  après la guerre, le postier logea à l'étage avec vue directe sur la place. L'ancienne mairie ne garda que dispensaire et archives. Sans oublier la salle de la Maison de la Mémoire occupée à l'époque par l'atelier de menuiserie de Jeannot Deleuil puis par Éric Desplanches, le potier. 

        Aujourd’hui, l’ancienne écurie du XIe siècle a été restaurée en 2010 pour devenir Maison de la Mémoire qui reçoit les premières collections (vestiges celto-ligures de l’oppidum de la Teste de l’Ost, objets de la vie quotidienne mimétaine aux XIXe et XXe siècles), photographies anciennes et modernes, documents, textes et livres sur le Mimet d'avant l'âge électronique ! Le petit musée a été agrandi grâce à l'adjonction du bassin, ancienne réserve d'eau du village. Les travaux de restauration entrepris par la mairie de Mimet ont donné un bel espace voûté et de la place bienvenue pour les collections...

       Le reste étant occupé par l'Office de Tourisme au rez-de-chaussée, les bureaux des travaux au premier, les archives au second. Plus une réserve de produits à l'extérieur.

       Depuis l'église jusqu'à la rue Mistral, l'ensemble, en mille ans, n'a eu que deux propriétaires : l'église et la mairie ou ce qui en tenait lieu.

       Cependant que le château lui-même se partageait, après la Révolution, en cinq à six morceaux.                                                                           

        PLACE DE LA MAIRIE

        Notre place à nous, villageois, la basse cour, était dominée par l’église, à son abri. Comme le Maître l’avait commandé,  nous taillâmes la roche pour qu’elle forme un à-pic sous notre chapelle et ses dépendances. Ainsi, à la pierre succédait la muraille, le tout faisant rempart de protection, ligne défensive interne. Seuls deux accès existaient : l’un piétonnier au couchant, l’autre sur le côté sud pour le fournil. Partout ailleurs, maisons et murs faisaient nid d’aigle pour le château. Nous, nous avions nos demeures jointives et au milieu, la place, la nôtre pour nous réunir, discuter, raconter des histoires. Pour nos vieux, dans les plis du rocher, nous avions creusé une vaste niche abritée du mistral. Plus tard, on la nommera le « Sénat » car nos anciens, avec leur air de sages, s’y installaient et de là, rien ne leur échappait. Pour l’ombre, nous plantâmes des chênes, des ormeaux, puis, sans doute à la Révolution, des acacias et aujourd’hui, des platanes. Il fallut toujours les encourager car la terre est peu épaisse et les pierres trop nombreuses. Mais notre place eut bel air avec ces arbres. Bien sûr, au sol se répandaient paille, feuilles, épluchures, branchages fins, fanes de toute sorte. Mais nous sommes des paysans et tout ce végétal se fait fumure avec les crottes de moutons ou de bétail : nous la recueillons pour le jardin où nous la mêlons à la terre. En attendant, les poules y picorent et quelques cochons s’y nourrissent : c’est notre vie et notre place ! Elle n’eut pas toujours la taille d’aujourd’hui : « en 1863, elle doit être agrandie et une parcelle de 65 m2 est acquise. Il s’y trouve une loge à cochon, ayant un poulailler au-dessus, un cloaque et une citerne. Ils obstruent la maison d’école, la place publique et la rue pour la circulation des charrettes. » A présent, il y a onze maisons autour contre six en 1733.

          Mais nous y tenons le marché pour y vendre des pois chiches, un peu de vin, des champignons, peut-être du gibier bien qu’on ait dit (dixit Gérin-Ricard, historien et archéologue) qu’il n’y eût point de commerce à la date de 1664. Ce qui est assuré, c’est le passage des petits métiers itinérants : matelassier, rempailleur de chaises, étameur de plats et cuillères en étain, chiffonniers et acheteurs de peaux de lapins, réparateurs de faïence ou de brocs en zinc… Ils s’installaient près de la fontaine. Puis il y eut les marchands ambulants : pour les chaussures, les vêtements, la viande, le poisson… Leur venue annoncée au son d’une trompe monocorde et par le biais du représentant officiel de la mairie le long de la seule  rue du village. Au grand dam des commerçants locaux. En ce temps, depuis les années trente, sur la place, deux épiceries se faisaient face : l’une tenue par Gabrielle avec de splendides réclames peintes pour les savons « l’Abat-jour » et « l’Abeille », l’autre par des générations d’épiciers. Parmi les plus marquants, Monsieur Satta, Martin… Grâce à eux, les Mimétains découvrirent les boites de sardines à l’huile, le roquefort, l’eau de javel et tant d’autres choses. Ils furent les pionniers du progrès, faisant passer Mimet du pois chiche parfumé d’oignon aux nourritures modernes. Sans oublier la boulangerie avec son pétrin et son four chauffé au bois : des pains délicieux, parfumés, à la croûte épaisse et les fougasses « nature » bonnes comme des gâteaux, sans parler des plats apportés par les ménagères pour les cuire dans ce qui restait de chaud au four. Ils allaient des tians gratinés aux raviolis ou cannellonis couchés en des vaisselles de terre enveloppées dans un torchon à carreaux.

          Et avant eux, juste contre la mairie d’aujourd’hui, était un restaurant avec son enseigne en ciment, toujours présente, son acacia, le dernier et en triste état : on y mangeait, on y buvait et on y dansait les jours de fête, en habits et casquette du dimanche. Pour tout dire, notre Place de la Mairie aurait pu se nommer aussi Place des commerces, de nos jours, il est vrai, tous disparus.

          Alors, Place de la Mairie ? Au début, en 1846, on acheta un « vieux bâtiment » pour le transformer en « maison d’école communale pour Mimet ». Les élèves en bas, l’instituteur à l’étage avec du mobilier délabré, avec des maîtres occasionnels, des années où l’école reste fermée. En 1881, seule Demoiselle Chamboredon est assidue, mais « d’une incapacité rare reconnue par les élèves mêmes », c’est dire ! 1881, année de la loi Ferry : le conseil municipal obtient à la fois un vrai instituteur et une vraie école construite à La Tour. La bâtisse de la place est libre. Elle servira, au rez-de-chaussée, de salle des mariages, en entrant, de poste pour le courrier au fond, bientôt le téléphone mais aussi de « salle d’asile » ou école maternelle, notre demoiselle étant congréganiste, ou religieuse. Et on sait les excellents rapports qui existaient alors entre l’école laïque et les écoles religieuses ! Ce n’est que vers les années soixante ou soixante-dix, sauf erreur, que la mairie devint la Mairie à part entière. Depuis, il y eut rénovation, agrandissement et expansion des services car Mimet passait de moins de 500 habitants aux 4.500 de nos jours.

          En 1865, grand événement : la fontaine de Mimet alimentée par une source située au Bau de Roman, au pied du Géant, est construite. L’eau arrive par gravité comme dit l’ingénieur de « l’argilocalcaire » dans « Manon des Sources ». Fontaine avec fronton, lions en fonte, ferrailles, robinet, conque en pierre froide : une eau de source, on dira plus tard, en faisant fi de la géologie, qu’elle « arrive des Alpes » ! Ce qui est vrai, c’est que cette fontaine très belle masque en partie un remarquable pli de type jurassien que l’on peut admirer : un pli d’anthologie que les géologues marseillais venaient découvrir. Au dessus, une pièce de fer achevée en crochet fichée dans cette roche vénérable. C’était là que l’on suspendait sanglier et autre animal pour le dépecer, le partager ou le débiter avant d’en vendre les morceaux et de les manger en daube ou en rôti.

          Enfin, nous avons construit le monument aux morts pour les guerres du XXe siècle, la 1e, la 2e,  la Résistance, l’Afrique du Nord. Quatorze  noms sur la stèle pour la 1e guerre c’est-à-dire près de 15% des soldats engagés, parfois le même nom de famille cité trois fois : une hécatombe. On ne parle pas des blessés, des prisonniers… La Place est un lieu de mémoire et de vie où se font les commémorations républicaines en l’honneur de ces souffrances afin de ne pas les oublier. Peut-être aussi pour les éviter à l’avenir.

         La Place de la Mairie célèbre en même temps notre joie de vivre. Il y avait les fêtes patronales l’été : musique avec orchestre et bal sur la place, attractions diverses avec le mât savonné en haut duquel balancent jambons ou saucissons, charcuteries variées. Ou encore, pour les plus jeunes, la marmite de terre emplie d’eau, pendue à plusieurs mètres de haut, à casser à l’aide d’une longue perche et en aveugle, yeux bandés : une bonne douche ! La pièce de cinq francs collée au fond d’une poêle enduite de cirage noir : il faut attraper la pièce avec les dents ! Moins salissant et plus humide, le citron à saisir dans sa bouche : il est dans une bassine pleine d’eau ! La course en sac, la baraque de tir, le chariot lesté de plomb pour tester sa force… On est loin des machines modernes distributrices d’adrénaline. C’était une vraie fête de village, avec ses petites bagarres, ses émois innocents et son marchand de glaces.

          Enfin, la Place fut le témoin de grands événements. Peut-être, en 1398, Pierre de Lune, dit Benoît le treizième, l’Antipape d’Avignon, en route pour Notre-Dame-des-Anges, fit-il un passage par Mimet ? Rien ne le prouve mais c’est possible. Alors nous, les Mimétains, aurions-nous vu le brillant cortège d’or et de pourpre sur notre Place et nos chemins ? Mais les papes d’Avignon avaient fait leur temps. Les siècles passent… En 1944, mois d’août, le 21, la parole est à Maurice Christol, vieux Mimétain : « le 27 mai, nous avions vu passer les forteresses volantes, par vagues de 8, en tout 250, plus de 30 formations, chargées de bombes au point que les moteurs peinaient. Aussitôt, on était au col Sainte-Anne, les forteresses volaient au ras des crêtes. Marseille allait payer le prix de la liberté : la Place juste en dessous, à toucher les avions. Mais le 21 août, c’est une autre histoire ! J’étais dans la traverse du boulanger. Nous savions que les Alliés arrivaient. Des Allemands, on en avait eu, ils s’installèrent vers le jeu de boules, sous le cimetière, dès 1942 mais à présent, ils étaient partis. Reviendraient-ils ? À un moment, grand bruit de chenilles et de moteur. Et je vois un char d’assaut qui remonte la rue Saint-Sébastien et s’arrête au milieu de la Place. J’étais paralysé. Puis la tourelle du char s’entrouvrit. Et j’entendis la voix de Monsieur Pierre Imbert, le maire de l’époque, caché derrière l’acacia : « Allemand ou Américain ? ». La tourelle achève de s’ouvrir, un soldat, pistolet au poing, répond : « non, Français ! ». Le libérateur de Mimet était Français, dans un char Sherman qui n’avait qu’une seule étoile à moitié effacée sur le côté droit et point d’autres signes distinctifs ! Après, sur les ordres de Monsieur David, instituteur et officier de réserve, je suis allé sur la route Haute jusqu’au croisement du poteau : j’ai trouvé une chenillette et des chars et je les ai guidés ; l’un d’eux stationnera sur l’aire Daniel, à l’emplacement du jardin d’enfants. Ensuite arrivèrent les Tabors marocains. J’avais huit ans. » Maurice apprit que pour la liberté, il fallait se battre. Il le fit toute sa vie. « Puis, avec quelques enfants et quelques hommes, nous montâmes et accompagnâmes les tabors sur le chemin de Sainte-Anne, vers Marseille où personne ne les attendait. »

          1952, l’automne, il fait beau et Fernandel se promène avec des amis. De la route, il voit Mimet : un nid d’aigle ! Il arrive sur la Place, s’en va au Puech pour boire. Il est avec Henri Verneuil. Il ne leur faut que quelques minutes pour décider de faire un film. Ce sera « Le boulanger de Valorgue »  et la Place deviendra décor mais avec quelques retouches ! La fontaine délaissée, on en fera une au milieu, façon Quatre Dauphins ! Il fallait que le car tourne autour. L’épicerie de Gabrielle deviendra celle de Leda Gloria alias Zanetti, à l’accent italien, et de Françoise, sa fille. La seconde épicerie sera boulangerie de monsieur et madame Hébrard Félicien et Clotilde. La boulangerie se fait boucherie ! Mais le fournil figurera dans le film. Par contre, l’incendie se produira dans une maison de la route Basse, sous la Place, et ce sera un vrai incendie ! Les pompiers avec leur pompe resteront bloqués dans une petite traverse, près de la rue Saint-Sébastien… Bref, un conte à la manière de Pagnol qui repasse à peu près dix fois par an sur une chaîne ou une autre, à présent colorisé car c’était du noir et blanc. Notre Place de la Mairie en était le théâtre : par ce film, elle est connue dans toute la France et un peu plus loin !    

                                             

       PLACE DE L’ÉGLISE      

       Sur le devant de l’église, un espace irrégulier se forme, il est quelque peu exigu : c’est qu’il ne reste pas grand-chose entre la muraille du château et l’entrée de l’église, avec au sud un ancien et vaste presbytère bâti vers 1525, détruit vers 1592 ou 1595 ! Mais cette placette est intime, en même temps elle donne sur la colline, sur l’espace et le ciel. C’est l’un des cœurs du village. Ici, on vient pour se faire baptiser au seuil de la vie et pour l’ultime voyage dans la compagnie de toutes les familles mimétaines. Entre temps, on y vient pour se marier, fonder une famille. Ce sont les événements fondamentaux de la vie : naissance, mariage, mort. Cette place vous reçoit pour les trois, autrefois dans une ferveur générale, aujourd’hui plus humblement. Mais rien de changé depuis le XIe siècle. Un millénaire, combien d’enfants, de femmes, d’hommes ont commencé et fini sur cette placette ? Que recèle son sol ?          

          Pourtant, devant l’église, placé bien en évidence, s’élevait un pilier « à 19 pans (environ 4,70 m.) de la façade », ou plutôt de la porte du sanctuaire : il portait « deux écussons à mes armoiries et un carcan » nous conte Honoré Gras de Prégentil en son Livre de Raison écrit à la fin du XVIIIe siècle. Il fut le dernier seigneur de Mimet. Or, placé de la sorte, cet insigne du pouvoir terrestre sembla injurieux au Père Mauvans de la Maison de Notre-Dame-des-Anges, un oratorien, religieux éclairé par l’esprit du XVIIIe et sans doute par l’Encyclopédie. Sans lui demander son avis, le Père Mauvans fit déplacer ledit pilier, « 9 pans (2,30m.) de haut et à la base, un pan et trois quarts d’épaisseur (environ 40 cm.) à trois cannes » … de l’endroit où il était. Si l’on fait le compte, ce symbole seigneurial se retrouva juste au pied de la muraille du château, presque contre. De la sorte, il n’était plus au milieu du passage et devenait presque acceptable à la fois pour les gens d’Église et pour les Mimétains  qui avaient sous leur nez le fameux anneau du carcan infamant pour eux car signe du pouvoir de basse justice exercé par leur seigneur.

          Mais de Gras ne se laissa pas faire : « …je portais plainte au lieutenant-général de la sénéchaussée d’Aix. Le Père Mauvans… m’offrit de faire rétablir, à ses frais, le pilier au point où il était. Ce qui eut lieu. » Et il ajoute, « le carcan est placé du côté du midi : un écusson à mes armes se trouve faisant aussi face au midi, et l’autre au couchant. »

          On était en 1783, les rapports avec les gens de Notre-Dame-des-Anges et avec le seigneur se trouvaient émaillés de coups bas : pâturages illicites des troupeaux, bûcheronnages intempestifs… De Gras était tatillon, précis, exigeant, ordonné, fier de son rang et toujours prêt à le défendre. Malgré la Révolution, il réussit à épargner une part de son bien. Son fils Jean-Paul de Gras, Monsieur de Mimet, vendit partie de son avoir de Mimet à Nicolas Delœuil  en 1826, et le reste, en 1835, au marquis de Foresta. Le pilier et le carcan avaient disparu depuis 1789 avec les merlons du rempart, les registres terriers en 1793, brûlés. Dommage pour l’Histoire !

          L’église et sa placette retrouvèrent la paix : enterrements, mariages et baptêmes continuèrent. Dans les années d’après-guerre, ces deux dernières cérémonies s’accompagnaient de la distribution de piécettes de un et deux francs en nickel : elles étaient jetées en l’air et les jeunes les ramassaient avec avidité, sauf l’enfant de chœur qui observait cette récolte sans pouvoir intervenir. Ensuite, ils allaient aux épiceries dépenser leur fortune en sucettes, coco et biberines.

           2 mars 2008, événement rare, descente d’une cloche de 1774, d’avant la Révolution à laquelle elle a échappé, et remplacement par une autre. Cette nouvelle, qui pèse 170 kilos, est faite d’étain et de cuivre plus des « secrets » qui donnent l’airain. Elle a été fondue le 31 janvier 2008, en une nuit, on l’a dédiée à Sainte Anne, la mère de la Vierge. Elle a pour marraine, Simone Samat et pour parrain, Jacques Beaucousin, et porte le message « paix et amour sur la terre » qui en a bien besoin. La précédente de 1774 disait « de la foudre et de la tempête, libère-nous, Seigneur ». Le fondeur en était un certain Galopin d’Aix, comme pour l’autre cloche datée, elle, de 1661 et dédiée à « Jésus, Marie et Joseph », la Sainte Famille. Si bien que Mimet est une des rares paroisses à avoir conservé ses cloches du XVIIIe malgré la tourmente révolutionnaire. D’ordinaire, elles finissaient fondues, en canon ou en pièces de monnaie ! En réalité, notre placette aurait connu une première intervention en 1744 pour une refonte, après la pose d’une nouvelle cloche en 1661, une autre, en 1774 et enfin en 2008 avec chaque fois des réjouissances villageoises.

       Il n’y a pas de places sans histoires.  

                                                    

       LA PLACE SAINT SÉBASTIEN, ALIAS PLACE DE LA POSTE

       Au bout de la rue Saint Sébastien, une place, à moins qu’on parle d’un carrefour ! Le chemin de Saint Sébastien monte vers le col de la Basse d’un côté et de l’autre, c’est la route de la Prunière, cependant que la Route Haute débouche, contenue par la salle des fêtes, autrement dit le Cercle.

        Mais ces routes sont « modernes », établies peu à peu, du XIXe au début du XXe siècle. En 1834, le cadastre n’indique que le Chemin de Saint Sébastien, en continu, du village vers le col de la Basse. Cependant deux indications y sont mentionnées : l’aire et la chapelle Saint Sébastien. Toutes choses qui ont disparu aujourd’hui !

       L’une, l’aire, remplacée par le jardin d’enfants. Sous quelques centimètres, le dallage de roches sur lequel un cheval tirait le rouleau de pierre froide, le « barulaire », pour le dépiquage des grains. Il s’agissait de séparer ces grains de leur épi. Pour ce faire, le rouleau légèrement tronconique avançait en tournant autour d’un poteau. Peu à peu, le cheval se rapprochait du centre, une fois arrivé, il suffisait de repartir en sens inverse. Cette marche circulaire et répétée était suivie du vannage au vent du mistral : on jetait en l’air une pelletée après l’autre, la paille légère retombait plus loin, le grain sur place. Pour parfaire ce tri, on se servait ensuite du tarare ou « ventarelle » : le blé était prêt pour le moulin. Travail pénible d’autant qu’on commençait en été, mais joyeux surtout si la moisson abondait : alors, l’année serait bonne. Sur l’aire, on traitait aussi les pois chiches dont Mimet resta longtemps un bon producteur. A ce point, qu’avec les gens de Peypin et sans doute d’autres villages de l’Étoile, nous le rapporte Pagnol, on nous appelait les « manjo-pes », c’est-à-dire les mangeurs de pois chiches ! Excellents en salade avec des oignons ou en soupes et ragoûts ! Voire grillés ou en farine. Longtemps, il resta le « barulaire », un jour on le poussa en dessous : peut-être y est-il encore ? Puis l’aire devint jardin d’enfants : il faut leur dire qu’à Mimet, pour avoir une tartine avec de la confiture, cela commençait à cet endroit !

       De l’autre côté, il y a la poste. À cet exact emplacement se trouvait la chapelle Saint Sébastien, patron des paysans et les Mimétains étaient des paysans. En même temps, Sébastien protégeait des épidémies, surtout de la peste, car chaque saint a une spécialité. En 1720, à Septèmes, 423 morts sur 540 habitants, à Simiane 257 sur 770, à Allauch 500 morts. A Mimet, la peste semble évitée. Le bon air des hauteurs, la tradition d’avoir des chats à Mimet, la faiblesse des rapports avec l’extérieur ? Le Bureau de Santé de Marseille, constatant l’inutilité des mesures d’hygiène, recommande de « faire construire d’abord, après la délivrance de ladite contagion, une chapelle à l’honneur dudit saint. » Ce qui fut fait sans doute vers 1721 ou 1722, lorsque la peste lâcha prise. Après tout, ailleurs on a bien édifié le « mur de la peste » ! Bref, la chapelle figure sur les cadastres postérieurs. Fin XIXe, pour ramener les Mimétains à une meilleure pratique religieuse, on ajoute une belle croix de fonte plantée dans un gros bloc de calcaire, un bon m3, juste contre le mur, à l’entrée de la chapelle. Mais le XXe siècle, celui où les hommes multiplient les guerres mondiales donc les malheurs, fut celui de l’abandon de l’esprit religieux : chapelle désaffectée, croix disparue, après 1945 le lieu devient remise pour le corbillard municipal peint en noir et tiré par un cheval prêté par un paysan et garage des pompiers. A cette époque, un dodge à grosses roues crantées, peint en rouge, enrichi d’une citerne pour l’eau, engin hérité des surplus de l’armée américaine, fait office de véhicule d’intervention. Modeste matériel, mais bien servi par des pompiers aguerris. Jusqu’au moment où Mimet fut doté d’une poste importante, en 1994. Tout fut rasé au ras du cimetière : la chapelle se trouvait à l’emplacement où le public est reçu. Qu’il s’en souvienne et soit patient avec le postier !                                                                                                                                                     

 

 

       PLACE DU MARCHÉ À LA TESTE DE L’OST

       L’habitude, chez nous les Gaulois, c’est de vivre au milieu de nos champs et de nos troupeaux. De la sorte, nous disposons de ce dont nous usons à portée de la main. Mais, il y a un jour où nous nous retrouvons tous ou presque, c’est pour le marché dans notre forteresse à la Teste de l’Ost*. Elle a belle allure avec ses murailles de pierres, ses tours carrées, pleines, inébranlables, son crénelage d’argile jaune, son entrée en chicane sur le haut de la colline. En plein ciel, nous voyons les fumées du Baou Rous, d’Entremont au loin, et l’immense forêt de chênes, notre arbre maître qui nourrit de ses glands nos cochons et où se cache le gibier. Un Géant de roches nous protège, nos déesses font couler des sources partout, rien ne peut nous arriver de mal.

          Au-dedans de notre fort, chaque famille dispose d’une habitation avec base de mur en pierre, surmonté par des briques d’argile et une toiture de branchages et de terre : celle-ci, en faible pente, s’appuie au rempart et permet aux guerriers de disposer de place pour leur manœuvre en cas de guerre. Mais nous ne craignons rien, personne ne viendra nous menacer : par prudence, nous disposons des galets en tas pour nos frondes sur les murailles. Les seuls qui vivent ici tout l’an, sont les artisans : le forgeron, le cordonnier et quelques-uns encore.

           Une fois par période lunaire, c’est le marché, en bas de l’enceinte, à son abri et sous surveillance. Ce jour, Kintos, le marchand grec de Massalia, nous visite avec ses mules chargées. Il apporte les merveilles de ce peuple habile. En premier lieu le vin contenu dans ce qu’ils nomment amphore, belle poterie longue à col démesuré et munie de deux anses. Il est très cher : ne dit-on pas qu’une seule de ces amphores vaut le prix d’un esclave en bonne santé ? Je ne peux m’en offrir qu’un gobelet : ce vin pique le gosier et a un parfum de résine. Mais notre chef, un jour, s’en est procuré une : il est riche. Kintos a dit que c’était du jus de raisin fermenté. Moi, j’ai quelques pieds de vigne, j’ai fait du jus mais c’était imbuvable. Ces Grecs sont malins, ils ne révèlent pas leurs secrets : c’est comme pour l’huile avec les oliviers. Comme cela, nous devons leur acheter.

          En échange, ce sont des peaux, de la laine, de la viande fraîche, des fruits secs, des légumes, du bois, beaucoup de plantes aromatiques et médicinales pour parfumer, et aphrodisiaques, des fromages, de la charcuterie… En somme, de la nourriture pour leur ville car  ils n’ont  que très peu de terres.  Nous  leur vendons  du  grain,  blé,  épeautre,  des pois…

          Outre le vin et l’huile, Kintos apporte du poisson, du thon qu’il appelle « cochon de mer », des sardines et des bouts de corail ou d'ambre. Le corail nous rend fous et ceux qui le peuvent en décorent la poignée de leur épée. Ils n’ont pas de terre mais ils ont la mer : d’elle, il vient des merveilles. Des poteries noires en bols, plats, écuelles, coupes vernissées, lisses, fines, légères. Les nôtres sont grises, rugueuses et pesantes. Kintos est le roi du marché, il sait amadouer le chef avec du vin et parfois un grain de corail. Moi, un jour, je l’ai escorté jusqu’à la crête de notre montagne. D’en haut, je voyais la mer scintillante et Massalia avec ses toitures rouges. Il m’a proposé d’être son aide pour aller chez les autres Gaulois de la région. Et dans un geste rapide, il m’a offert une coupe noire : il m’a dit qu’elle venait de Campanie. Elle est dans une niche du mur de ma maison. Plus tard, j’irai avec Kintos.

 

* Teste du Petit Puy ou Puech, puis Collet de Lafont et Teste de l’Ost

                                                            

 

 

       LA PLACE DE LA DIOTE

        En 1605 on est du Diot, que l’on écrit aussi Dilhot. Ce toponyme devient nom de famille : Honorade Dilhote voit son fils tué par la « foudre du ciel » en 1636. Plus tard, en 1733, on écrit la Dillotte et c’est Monsieur De Gras qui répète en 1790 « la Dillotte ou la Diote ». Il s’agit de l’inventaire de ses biens réalisé après la fin du régime féodal. On lit, à l’article 18, « le moulin à vent, quartier de la Dillotte ou Diote, estimé 170 livres. »

        L’une des bastides de la Dillotte au moins a survécu. Fière bâtisse construite sur un éperon rocheux avec caves, étage sur rez-de-chaussée et paillère, le tout en pierres et avec grand escalier au-dedans. L’un des propriétaires est Félix Maurin ; son ancêtre, Claude Maurin, l’acheta en 1779. À son pied, une placette. Aire de stationnement ? Il faut écouter, regarder, tout parle.

       Juste à côté, une belle croix en fonte sur socle appareillé : mission de 1866. Tout contre, l’ancien bassin qui recevait une source captée plus haut et alimentait la fontaine. Ce temps est fini, bassin à sec, fontaine disparue lorsque l’eau est arrivée à « la pile ». Il reste un puits bâti, par-dessous, au Chemin du Puits. On y buvait le pastis après les boules le dimanche, parties qui se faisaient sur l’ancien pailler. Car ici, on avait quatre aires à battre le grain, plus les vignes qui donnaient le vin, beaucoup d’amandiers. Les amandes de la Diote étaient assez réputées pour être vendues à Aix en amandons frais pour la fabrication des calissons ou du sirop d’orgeat, spécialités aixoises. Et tout passait par cette placette. Comme les enfants qui partaient, à pied, pour l’école de Mimet et à trois bons kilomètres ! Ou la « Rosalie » de Baptistin Ludovic Ursule, boucher de son état et qui livrait ses morceaux aux gens de la Diote ! Sans oublier les chasseurs en route jusqu’à La Débite, sous Notre-Dame-des-Anges : les spécialistes des grives ou même de la bécasse, du lapin, parfois du sanglier ; un monde où l’on marchait beaucoup ! Pas loin de 15 à 20 kilomètres pour ramener une grive. Autour de la placette, on se souvient de tout : du petit lavoir qui a disparu, de Conti, le maçon qui l’a construit et qui chantait si bien en provençal, de la charrette qui ramenait le raisin, de l’alambic pour faire « la blanche » et des saucisses piquées à l’eau-de-vie ! Même de la petite épicerie car le bonheur était dans la colline. Il y est peut-être encore !

                                           

 

          LA PLACE DES MOULIÈRES

          Comme Biver, les Moulières naquirent des mines. Il fallait recevoir et loger ceux qui descendaient vers le charbon. Ils venaient de partout et lorsqu’il n’y eut plus de place à Biver, on fit les Moulières : les puits Biver et Germain ne se tenaient pas loin. Tout se présentait dans la géométrie, des rues à angles droits, alors pour mettre un peu de poésie, chaque voie reçut le nom d’une fleur : myosotis, mimosa, mufliers… Cela vaut bien un illustre tartempion ! Juste au milieu, il restait un grand rectangle vide avec des platanes et autour, beaucoup de maisons, beaucoup d’enfants aussi. On fit une école vers 1959, plus tard, une mairie annexe… Bref, de place, il n’y en avait plus, Mais surtout, ce qui manquait ? L’église avec une cloche comme dans tous les villages.

       Alors, ce fut un conte.

        Il était une fois un petit garçon. Il s’appelait Ferrucio, né à Saint Gregorio de Veronelle, en 1919 près de Vérone, pas loin de Venise. Dès l’âge de onze ans, il est recueilli par un prêtre de Don Bosco qui se voue à l’aide aux enfants pauvres. Car en ce temps, Ferrucio n’a aucune chance s’il n’apprend pas un métier. Giovanni Calabria, prêtre en un collège, le prend en protection. Ferrucio étudie pendant cinq années, on le nourrit, on le fait vivre, on le prépare à être un homme. Ferrucio n’oubliera jamais Giovanni. Et il commence en une époque bien difficile : 1935, l’avant-guerre, la guerre : il est typographe linotypiste. A-t-on besoin d’un homme qui fait des textes ou des livres dans une guerre ? La vie est dure. En 1946, Ferrucio quitte son pays et se retrouve à Mimet, à la mine, au fond pour le charbon. En bas, c’est difficile surtout que Ferrucio est petit : quand il a peur, il pense à Giovanni qui lui a appris le courage et Dieu. Alors, si un pan de mur tombe trop vite, trop près, Ferrucio prie pour lui et ses compagnons. Les années passent de la sorte, la famille, la maison, la mine, comment remercier, honorer ? … Ferrucio réfléchit.

          Un jour, parce que les machines à laver se multiplient, le lavoir des Moulières est abandonné : il est juste au coin de l’ancienne place. A présent, il ne sert plus à rien et se dégrade. Les houillères de Provence le cèdent à l’archevêché d’Aix, Ferrucio n’est pas pour rien en cette affaire ! Il a son idée, maintenant, pour comment remercier, honorer…

          Ce lavoir, il le répare : le carrelage, les enduits, les fenêtres, la porte, il travaille avec les maçons et il paye tout de sa poche. Il dit que c’est pour une chapelle. Drôle d’idée ! Pourquoi pas ? Ses proches comprennent : chez lui, il a une Vierge électrique et une photo de Giovanni. Ferrucio n’est pas le seul à admirer Giovanni : le Pape Jean-Paul II, l’homme en blanc, béatifie et sanctifie Giovanni Calabria le 18 avril 1999. C’est l’homme en noir, le mineur qui est content : sa chapelle est dédiée à ce nouveau saint. Pour ne pas être en reste, Mimet offre un petit campanile avec deux cloches qui marquent les heures : près de dix personnes vont travailler bénévolement pour cet ouvrage terminé en 2004, le 4 décembre. Un beau cadeau de Noël !

          Ferrucio  a eu dix ans pour partager et faire admirer sa chapelle ; et avant ses funérailles à Biver, c’est là qu’il a voulu passer un moment.  

                                                          

 

       L

       La première trace administrative pour l’église de Mimet date de 1020.

       L’ensemble, église de Mimet plus presbytère, jardin et écurie, est né à cette époque et restera jusqu’à la Révolution de 1789 entre les mains des prêtres. Ensuite, l’espace non consacré passera sous le contrôle de la mairie jusqu’à nos jours. Il abritera successivement, la mairie et ses services, un local de dispensaire, la poste et le postier, la menuiserie de Jeannot Deleuil puis Éric Desplanches et son atelier de poterie.

       Aujourd’hui, il y a encore une salle de presbytère, un local  rajouté pour entreposer des outils de la mairie, une pièce  servant de Conservatoire de Musique, et la « Maison de la Mémoire », ouverte en 2010.

       Dans moins de dix ans, on pourra célébrer le millénaire de ce bâtiment et de ces anciennes écuries (en restent la mangeoire et les fers pour la suspension des stalles séparant les chevaux (4) sur un côté).

       Une salle voûtée (+/-10m. x 5m.), dont une arrière-salle sans doute pour entreposer les harnachements et outils nécessaires. Au-dessus, l’ancien presbytère et son jardin. Plus loin, dans la roche, le bassin d’eau (citerne et réserve d’eau pour le village) qui se vidait par la fontaine de la Place et les six ou sept fontaines des rues. En tout, une vaste salle voûtée de 20m. sur 5, en parfait état, rénovée en 2010, puis achevée en 2015.

       Au départ, vers l’An Mil, ce fut le début de la construction.

        Le relief, une colline rocheuse aux strates calcaires très plissées (voir la Place de la Mairie).

       Il s’agit, à la fois, de fortifier et de rationaliser l’espace. Il y a le castrum féodal d’un côté, le bloc religieux de l’autre.

       On taille, côté place, pour avoir une falaise de quelques mètres, plus facile à défendre. En même temps, on bâtit la salle voûtée sous les bâtiments religieux, avant de les construire (aménagement et pierres de construction).

       L’espace de l’écurie a-t-il été évidé ou a-t-on aménagé un creux naturel du relief ? La roche est proche partout.

       De toute façon, l’écurie a été bâtie voûtée pour soutenir du poids au-dessus (jardin, bâtisse…).

       Aujourd’hui, la « Maison de la Mémoire » a vocation de recueillir les objets de la vie quotidienne des Mimétains d’hier (années 1950-1970) : avant la période actuelle qui a bouleversé la vie d’un village d’ouvriers-paysans et d’estivants.

       Aussi, de collecter les souvenirs de chacun (anecdotes, détails, photos, renseignements…), ceux de la vie ordinaire des fourmis que nous sommes face aux grands de ce monde…

       Et encore, par les documents de papier ou de pierres, de fouilles (oppidum, grottes sépulcrales, vestiges en miettes…), de découvrir la vie et le cadre de vie de ceux qui nous ont précédés. Parfois, depuis des millénaires.

       Afin que chacun, s’il en a le désir et la volonté, puisse retrouver des racines perdues dans le maelstrom du monde moderne. Les âmes de bonne volonté recevront aide et conseil à l’Office de Tourisme.

                                             

       Les Églises de Mimet : fondations

       1) Vers le VIIe ou VIIIe siècle (1ere mention au VIIIe siècle) : Notre-Dame du Cyprès (Régalé)

       2) Xe - XIe siècles : église de la Transfiguration de Notre Seigneur (ou Notre-Dame de la Nativité, à l'origine, avant sa dénomination actuelle, au XVIe siècle), l'église paroissiale du village

       3) XIIIe siècle : chapelle de Notre-Dame-des-Anges ;

       XVIIe siècle : chemin des oratoires (pèlerinage de Notre-Dame-des-Anges)

       4) Château-Bas : chapelle du XVIIe siècle

       5) Début XVIIIe siècle : chapelle Saint-Sébastien, après la peste de 1720 (protection contre la peste)

       Les Églises de Mimet : disparitions

       1) Du XVIIe au XXe siècle : N.-D. du Cyprès (démantèlement progressif et disparition des fondations sous de la terre rapportée)

       2) Du XVIIIe au XXe siècle : chapelle de N.-D. des Anges, abandon, renaissance, abandon, les murs s'effondrent et tout retourne à la nature

       Sur les oratoires, près de la moitié a disparu

       3) Chapelle de Château-Bas : vidée, tout a disparu vers 1970-80, lors d'une "rénovation"

       4) Chapelle de Saint-Sébastien, détruite au moment de la construction de la poste (1992), elle se trouvait là où il y a l'entrée du bureau et la cour par derrière, contre le cimetière

       5) Seule l'église paroissiale du village subsiste !

lE FOUR BANAL

UNE BALLE DE FRONDE DANS LA BARBACANE

LE BARRI

LA MAISON DE LA MÉMOIRE ET L'OFFICE DE TOURISME DE MIMET

                                                

 

     L'ÉGLISE de MIMET : HISTOIRE et PATRIMOINE

     * Suite à la première église paroissiale, Notre-Dame du Cyprès, au Régalé, qu'on peut estimer être du VIIIe siècle, avec un cimetière autour, apparut une église dite plus tard de la Transfiguration, aux Xe et XIe siècles (un manuscrit la cite en 1020).

     * Transfiguration : manifestation du Christ durant sa vie terrestre en tant que Dieu (apparition lumineuse à trois apôtres sur le mont Thabor).

      L'église fut construite avec le château et la rue du village, les maisons : Mimet apparaît comme une fondation organisée dont le plan général n'a pas évolué depuis.

Au moyen âge, le bâtiment, plus petit et moins haut que celui d'aujourd'hui, est enrichi de legs.

      D'après Gérin-Ricard, archéologue du début du XXe, le nom de Transfiguration en 1020 deviendra N.-D. de la Nativité en 1510.

      Mais pour l'abbé Constantin, au XIXe, c'est le contraire, toujours en 1510 ! On se gardera de trancher !

      * D'ailleurs, pour les dates, il y a encore une discussion : 1510 est la date d'un accord avec les chanoines de la cathédrale d'Aix, Saint-Sauveur. Ils s'engageaient, en échange de "terres, vignes, bois et métairies" de la cure de Mimet à entretenir l'église paroissiale. Ainsi, Mimet contribua à la construction de Saint-Sauveur d'Aix. La promesse des Aixois fut tenue en partie en 1523 et en totalité à partir de janvier 1526.

La vieille église fut ainsi agrandie : elle avait alors cinq cents ans.

     En même temps est construit le presbytère, d'ailleurs trop grand : 12 pièces, 260 m2, escalier extérieur dans une tour (on le retrouve aujourd'hui, au milieu de la bâtisse, englobé dedans). Épernon détruira le presbytère en 1592 ou 1595.

     * Des réparations dans l'église se feront en 1695 et en 1726, puis encore en 1770. Elle est rehaussée, la façade avancée de six mètres (3 cannes de 2 mètres), on le voit à la différence de couleur des pierres. L'aspect actuel date de ce temps.

     * Durant la Révolution, le prêtre jureur Laurent Brachet (1779-1793, curé de Mimet), très aimé de la population, rendit la vie religieuse possible. À sa mort et jusqu'en 1799, les sacrements sont délivrés clandestinement.

     C'est un prêtre de Gardanne qui le fera à ses risques et périls, surtout au moment de la Terreur, en 1794 et 1795.

     De son temps et avec un esprit de compromis, Laurent Brachet sauvera bien des choses, ramenées de N.-D. des Anges dans l'église paroissiale : la grille de l'autel, la statue de N.-D. des Anges en marbre, une partie du carrelage (carreaux noir et blanc) dont un trompe-l'oeil (entre les deux autels), les deux santons (Marie et Joseph en bois peint) provenant de la 1ere crèche d'église de Provence, de 1644, les statues en bois doré et peut-être la Pietà.

     Il ne pourra pas empêcher la saisie du "Trésor" de N.-D. des Anges, à savoir : "3 calices, 3 patènes, 2 petits chandeliers, 1 ciboire, 2 burettes avec leur plaque, 1 encensoir et sa navette, 2 couronnes pesant 22 marcs 3 onces [...] 1 boîte en argent pesant 3 onces 6 gros..."

     Sachant que 1 marc d'argent fait environ 250 grammes, 1 once, environ 30 gr. et 1 gros, près de 4 grammes, la boîte fait 94 gr., chaque couronne entre 2 et 3 kg d'argent chacune...

De même, le "Trésor" de l'église de Mimet (4 marcs ou 1 kg d'argent), "1 ostensoir, 1 croissant, 1 calice, 1 patène, 1 ciboire" sera saisi le 30 juin 1794 (9 messidor, an II). Tout sera transformé en pièces de monnaie.

     Le curé Brachet parviendra aussi à préserver les 2 cloches du clocher qui seraient devenues canon ou monnaie en bronze ! Elles datent de 1761 et 1774.

     * On changea la porte de l'église : l'actuelle date de 1875, elle est en noyer.

     * Le premier autel est de 1842 (époque Restauration), avec "tabernacle en marbre orné de pampres de vigne et de blés" (écrit le père Michel Savalli), dans "la porte du tabernacle est sculpté [...] le Bon Pasteur portant sur ses épaules la brebis et guidant les hommes vers la vie éternelle" (M. Savalli). S'y trouvent "des chandeliers et une croix en métal doré et argenté de style Louis XV mais du siècle dernier (XIXe; M. Savalli).

     Dans la nef de Saint Joseph, autel de la fin du XIXe siècle, "1 bas-relief doré du XVIIe siècle, pièce d'un retable de N.-D. des Anges, démantelé, à présent attribué à Jean Doux". C'est "la représentation des deux pèlerins d'Emmaüs" (M. Savalli).

     * Par la suite, des travaux de rénovation furent réalisés dans l'église en 1993 : enlèvement des enduits, décroûtage, on ramène à la pierre, pavage refait et restauration de divers objets (santons, bois doré...).

     * L'une des deux cloches a été changée, car fêlée, le 2 mars 2008 : elle se trouve dans l'église, à droite de la grille de l'autel : c'était celle de 1774, elle avait 234 ans. Elle porte l'inscription "a fulgure et tempesta libera nos domine ig 1774" (ou, de la foudre et de la tempête, délivre-nous, Seigneur"), et en bas, sous la croix "DELUY et ISAMAR CONSULS" , les parrains, Deleuil et Samat, consuls à Mimet. À noter que le seigneur de Mimet, de Gras de Prégentil depuis 1771, ne semble pas avoir financé quoi que ce soit en la matière et personne n'a songé à l'honorer pour qu'il soit parrain de la cloche ! Il était sans doute près de ses sous !

      Suite à la campagne de travaux dans l'église en 1770, le curé Antoine Morenas (de 1742 à 1779) fit poser cette cloche, il avait 79 ans. La cloche a dû être fondue par le maître fondeur Galopin d'Aix (ig 1774 : le g, c'est Galopin). La fêlure provient sans doute d'une pose qui n'a pas respecté le niveau : le marteau, à force de frapper en travers, a provoqué la fêlure. Il ne s'agit pas d'un défaut de fabrication (selon les fondeur et poseur de la remplaçante).

     * La grille de l'autel : style Louis XIV, fer forgé sans soudure mais riveté, cartouches dorés, inscription (ange sans s, manque de place ? faute ? Vierge représentée, couronne d'épines avec noms de "Jésus - Maria" (c'est la congrégation de l'Oratoire qui s'installe, en 1640, à N.-D. des Anges).

      * La statue de Notre Dame des Anges : en marbre, XVIIe siècle, "à ses pieds, une nuée d'anges [...] dans sa main droite, le sceptre de la royauté [...]. Une couronne de métal devait être placée autrefois sur le voile de Marie" (M. Savalli) : peut-être l'une des deux couronnes saisies par la Révolution, en 1794.       

      * Le carrelage noir et blanc en marbre, la plus grande partie a disparu (travaux de 1993). Reste le trompe-l'oeil (entre les 2 autels) et le pavage dans le choeur.

      * Les deux santons : Marie et Joseph. Ils faisaient partie d'une crèche d'église de six santons : Marie, Jésus, Joseph, l'Ange, la tête du boeuf et celle de l'âne sortant du rocher. Le sculpteur bourguignon Etienne Laloissier les a réalisés. Il s'agissait d'illustrer la Nativité à Bethléem : les santons font près d'un mètre. On en a le "prix fait" ou devis. C'est la première de Provence.

     * Les statues en bois doré : XVIIe siècle. Comme les pèlerins d'Emmaüs, elles faisaient partie d'un retable (décoration en façade au-dessus d'un autel). Sur la gauche, "saint Jean-Baptiste [...] vêtu de poils de chameau tenant [...] un livre (Ancien Testament) sur lequel repose un agneau (le Christ)" (M. Savalli).

      À droite, "saint Jean l'Evangéliste [...] représenté les yeux levés vers le ciel [...] un calice d'où sortait un serpent [...] l'aigle qui l'accompagne (M. Savalli).

     * La Pietà : "bois d'olivier du XVIe siècle [...] enduit de plâtre peint [...] un décapage lui a rendu sa beauté mais sa polychromie est perdue" (M. Savalli). Ce dernier indique qu'elle est "mentionnée dans les descriptifs de N.-D. des Anges".

      * La plupart des autres objets sont récents. À signaler, à gauche de l'entrée, un tableau, "la Transfiguration du Sauveur" : c'est une reproduction de l'original qui date de 1624, Claude Vignon, le peintre, son tableau se trouve dans le Loiret. Ce tableau ne permet pas de trancher dans les dates de nomination de l'église (XIe ou XVIe) car la Transfiguration figure dans le Nouveau Testament (Evangile : St Matthieu, St Marc et St Luc) et fait partie de la liturgie des débuts.

      Mille années d'existence font une église harmonieuse, une sculpture minérale mûrie dans le paysage mimétain.  

                                          

             

 

         MIMET AU TEMPS DE CÉZANNE, s'il y était venu 

        « J’ai toujours aimé marcher. Alors, me voici en chemin à travers les pinèdes qui entourent Gardanne. Depuis chez mon amie, je voyais au loin, dans l’Etoile , un village. Elle me renseigna : c’était Mimet, « un pays où l’on mange des pois chiches » me précisa-t-elle, un peu narquoise. Après trois heures, j’y suis.

        A vrai dire, je suis allé un peu plus loin. Un paysan m’a indiqué un lieu-dit, la Prunière. Et voilà, mon cher, c’est une merveille, c’est beau comme un décor. Ici, c’est un pays de collines découpées en terrasses cultivées : il y a du blé partout devant moi, avec des amandiers, des figuiers et de la vigne. Ils font une piquette savoureuse, à la fois aigrelette et sucrée, à boire dans l’année. Et il y a le village étiré sur un piton rocheux, dans le midi quand les ombres sont courtes, on dirait un jeu de cubes en désordre, avec son clocher qui aspire tout vers le ciel. Le plus beau, mon cher, d’un côté, au levant, tu as la montagne, et au fond la Sainte-Victoire, ma Sainte-Victoire de face tel un mur festonné qui renvoie la lumière et creuse le village. Et par-dessus, un ciel de turquoise lavé de mistral. Pour seul bruit, j’ai des sonnailles de chèvres et des bêlements de moutons.

         Voilà, je suis revenu par ce sentier de la Prunière, en passant sous les chênes. Nulle habitation aux alentours, seulement des champs et des gens qui s’activent aux vendanges. A l’entrée, il y a une aire à battre le blé avec sa pierre et son rouleau, en face une chapelle, on me l’a dite de Saint Sébastien avec une croix et une sente défoncée qui conduit au village voisin. Le plus curieux, ce sont ces restanques qui vont jusqu’à un « baou » qu’on dit ici être « le Géant couché avec ses chiens à ses pieds » ! Tout est cultivé et j’ai compris pour les pois chiches : j’en ai vu à sécher ici ou là. En haut, vers le sommet du Puech, tu entends les cognées des bûcherons : c’est une forêt qui rapporte. Il faut dire que les Mimétains ne sont pas riches, ils tirent tout ce qu’ils peuvent de leur terre et ils le font bien puisqu’ils ont construit ce paysage. Pour moi, une campagne agréable à voir l’est par le beau travail de ceux qui y vivent.

          Personne à Mimet n’a voulu se hausser du col, on a fait avec ce qu’on avait : les maisons sont de calcaire bleu, cassant, une humble pierre. Ils la gardent telle quelle, sans crépi, seulement jointoyée : la lumière joue là-dedans que c’en est une merveille. Une génoise par-ci et les tuiles aux reflets multiples qui profitent du soleil par là. Il y a des gens qui m’observent, des gosses pieds nus, dépenaillés, mais j’ai vu en bas qu’ils ont une école toute neuve avec un lavoir et une fontaine au bord de la petite route à peine empierrée. Et sur la place, tu as des acacias : ils ne sont pas bien gros parce que le rocher est présent partout, peu de terre sur ce piton, et parfois tu le vois au pied des maisons, retaillé pour s’asseoir. Ils doivent aimer ça, s’asseoir parce que les bancs, il y en a près de chaque entrée ! Parfois en plus, il reste une chaise oubliée depuis la dernière conversation d’hier, à la fraîcheur. Voilà, il y a une fontaine avec des fers forgés, un robinet et des femmes qui attendent leur tour pour emplir leur jarre à eau. Elles ne sont pas pressées, elles bavardent sous leur fichu avec leur robe sombre jusque par terre.

          Comme j’ai soif, je vais m’installer au restaurant qui se trouve à côté de la mairie, à l’ombre des acacias du coin. J’ai de quoi : une carafe de vin, des pois chiches en salade avec oignon, une terrine de gibier, une omelette aux herbes et une bonne part de civet au sang. Et tout vient d’ici ! Je me régale. J’emporterai de la terrine à Gardanne. J’ai vu qu’il y a une patache qui monte de Gardanne mais je préfère marcher.

          Tu sais comme je suis, avant de peindre, je fais le tour du propriétaire. Juste après manger, j’ai pris une rue pleine de mistral, étroite, avec des escaliers qui dépassent et un parterre en calade. Au moins eux, ne sont pas près d’y mettre des trottoirs comme à Aix et c’est tant mieux ! Elle débouche sur une rue plus basse avec des petites maisons : ils ne sont pas riches dans le coin, au bout de cette rue, tu plonges dans la colline. Et de l’autre côté, tu vas au « Barri », m’a-t-on dit, ce qui veut dire en provençal, le rempart. De là, tu touches Sainte-Victoire ! Un jaillissement de lumière figée.

           Ce village est fait en escargot, la rue unique où courent partout des poules caquetantes s’enroule et monte à l’église : elle est toute simple mais renferme la plus ancienne crèche de Provence, une belle grille d’autel, un pavement de marbre noir et blanc… Dehors, c’est le château, enfin ce qu’il en reste, beaucoup de ruines : elles m’ont plu. Tu vois, les puissants seigneurs qui avaient construit cette forteresse n’ont rien pu faire. Ce sont les petites gens qui l’ont emporté : leur patience a été plus forte que leur faiblesse, ils ont enroulé leurs maisons autour d’un noyau dur et vide. D’en haut, tu as une vue superbe vers le Ventoux, l’Étang de Berre, vers Aix caché dans son repli de colline…

          C’est un village de pierres, c’est minéral, on dirait un nid d’abeilles. De loin, je le dis maintenant, Mimet couronne un relief nu, il n’y a pas d’arbre, leur bétail a tout mangé aux abords des maisons. Je reviendrai peindre ici.

                        Ton ami Cézanne. Le 18 septembre 1885 »

 

          Depuis, les routes se sont élargies, on les a goudronnées, les maisons ont reçu du crépi, elles se sont multipliées, avec des lotissements, la forêt a poussé partout : sur la colline de Mimet, dans les restanques autrefois cultivées. En réalité, cette forêt n’a pas soixante ans ! Les lignes de haute tension ont poussé plus haut que les arbres, plus haut que les rochers. On a construit le Cercle. Il y a des pompiers, un terrain de football… Bref, c’est le progrès.

          Cézanne qui n’aimait pas les trottoirs d’Aix serait surpris s’il revenait. Car il est venu, c’est ce que tout le monde ignore ! 

     

 publique le 29 mars 1878. Encore avant, le 25 mai 1877, une convention est signée entre "Madame Marie de Foresta, épouse assistée et autorisée de Monsieur le Comte de Reynaud, chef d'escadron au deuxième hussard" et "Monsieur Jean-Baptiste Honoré Magère, Maire de la commune". Par cette convention, Madame la Comtesse de Reynaud "cède gratuitement à la commune de Mimet [...] la contenance de onze ares de terrain devant servir à l'établissement des Écoles publiques". Cette terre se situe au bord du "chemin de grande communication de St Savournin à Simiane et le chemin conduisant à Mimet".

       Il y a des conditions à cette gratuité :

       "Si plus tard la commune de Mimet reconstruisait son église, la nouvelle église devrait être construite aux environs des Écoles, dans le terrain appartenant à Madame de Reynaud. En cas contraire, la commune devrait alors payer le terrain présentement cédé sur le pied de un franc vingt cinq centimes le mètre carré, au total treize cent soixante quinze francs..."

       Cet accord fut précédé, lors de l'enquête commodo et excommodo, le 11 avril 1877, soit un peu plus d'un mois avant celui passé avec la Comtesse, par un avis manifestement consultatif et défavorable au don de Madame de Foresta. En tête de ce refus, Charasse André Ulysse, l'instituteur communal de Mimet. Son texte est approuvé par près d'une vingtaine de chefs de famille. La raison ou explication donnée est la suivante : "... ont déclaré s'opposer à la construction des écoles sur le terrain accordé par Madame la Comtesse de Reynaud, née de Foresta, par la raison que la Construction sur cet emplacement nuirait aux intérêts de leurs immeubles perdant beaucoup de leur valeur par la descente future et nécessaire du village tout entier" (signé Charasse, commissaire enquêteur).

       Ulysse ajoute : "Mon opinion personnelle est pour la construction des Écoles sur le plateau situé au pied du pic de Mimet (le Puech), en vue de l'avenir et du bien du pays".

       Le maire et les autorités passeront outre.

       L'école bâtie en haut du village, c'était, pour les nombreuses familles mimétaines habitant dans des quartiers éloignés, imposer aux enfants une marche supplémentaire : on allait à pied en ce temps !

       Ce refus montre aussi, près de cent ans après la Révolution, la méfiance qu'éprouvent les Mimétains envers la noblesse, ici la Comtesse, même si elle n'a plus aucun droit seigneurial : on ne voulait voir que ses calculs pour l'avenir.

       Jean-Baptiste Honoré Magère, le maire de l'époque, a accepté le pari sur l'avenir : il n'a pas cru à la descente du village vers les terres de La Tour, il pariait sur un mauvais calcul de la Comtesse et gagnait un terrain bien placé pour la commune et payé en différé.

       Il espérait que les Mimétains, des paysans, même si certains travaillaient déjà à la mine, resteraient des paysans : de Mimet, ils voyaient leurs champs et leurs cultures, leurs terres.

       Et puis, il fallait une vraie école, même les pétitionnaires en convenaient. En 1877, six ans après la défaite contre les Prussiens, la perte de l'Alsace et de la Lorraine, la Commune, il fallait entrer dans le monde moderne, celui du Certificat d'Études.

       À présent, on devait construire !

 

       Un cahier des charges et devis est établi. Les travaux sont réalisés par Isnardon Philippe de Bouc-bel-Air et les règlements se font en 1879, le 30 septembre et en 1880. Le 11 novembre de cette année, les travaux sont considérés comme achevés par le Sous-préfet d'Aix : le solde des frais, 2.916 francs, étant versé en 1881.

       En même temps, il faut fabriquer les mobiliers scolaires : "10 tables bancs de quatre places chacune pour l'école des garçons", et la même chose chez les filles. Devis établi le 30 octobre 1880, et travaux exécutés par Arvieux Jacques, menuisier de Bouc : outre les tables, il y a deux chevalets, une bibliothèque, un bureau par classe et deux tableaux de démonstration pour chaque classe. Parallèlement, 31 septembre 1880, on décide de réaliser l'adduction d'eau potable par une borne fontaine en fonte qui sera alimentée par les débords de la source du lavoir avec une conduite en poterie et une auge en pierre de taille. La fontaine sera placée au nord-est de l'école divisée en deux par un mur intérieur : une cour des garçons, une des filles. Les portes et leur encadrement en attestent encore aujourd'hui.

       En 1912, le 19 novembre, il fallut refaire des peintures, mettre des bancs sous les préaux, réparer les toitures. Puis Arthur Guillaneuf, mon grand-père, vint faire l'instituteur, ma mère naquit en cette école, le 1er octobre 1913, un comble pour une famille d'enseignants ! Puis, ce fut la guerre...

       Arthur eut le temps d'apprendre à tirer à la carabine 6mm à tous les futurs chasseurs en culotte courte d'alors. 

   

       L’ÉCOLE DE MIMET AU TEMPS DE CÉZANNE

       Il faut le rappeler, Paul Cézanne ne sut pas s’entendre avec ses semblables : ombrageux, incompris, parfois aigri, il eut à souffrir de ses concitoyens aixois. Au point qu’on ne voulut point de ses œuvres dans la ville, pas plus que chez les particuliers. Aix qui fête Cézanne aujourd’hui, l’ignora bien !

        Sans doute, est-ce pour cela qu’il « fréquenta » à Gardanne, loin d’Aix ! C’était en 1885. Trop occupé à Gardanne, durant les heures qu’il y passa auprès de son amie, il ne regardera pas du côté de l’Étoile, de Mimet : aucune toile pour immortaliser notre commune alors qu’il fit le clocher de Gardanne, sans compter les nombreuses représentations de la Sainte-Victoire. Certaines, d’un point de vue que l’on peut estimer proche de Gardanne : sans doute était-il alors sur le chemin du retour, en route pour son atelier, heureux comme un jeune coq de 46 ans !

        Et Mimet dans tout cela ? Et son école ? Depuis quelques années, avec les lois de Jules Ferry qui veut une instruction publique pour tous et laïque, les Mimétains ferraillent dur avec l’administration préfectorale.

        Il y avait déjà quelque temps que l’affaire était en cours : 1828, Charles-François Trinquié, instituteur, touchera 150 francs par an s’il enseigne aux enfants. Chacun d’entre eux doit payer près de un franc l’an, sauf quatre parmi les nécessiteux. Mais Cézanne n’était pas né !

        1840 : « je jure fidélité au Roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume », ainsi s’engage auprès du comité local d’instruction primaire de Mimet, le sieur Raphaël-Victor  Jullien. C’était la règle, il fallait jurer. Et Cézanne avait près d’un an : il ne peignait pas encore !

        En 1843, on décide d’acheter une maison, ce sera fait en 1846 et elle sera payée en 1850 : on savait prendre son temps. Maison qui appartenait à un instituteur décédé : on voulait transformer « un vieux bâtiment en maison d’école communale pour Mimet », il s’agissait de l’actuelle mairie, mais en triste état alors. Cézanne aurait pu y apprendre à lire, écrire, dessiner peut-être…

        La salle (4,40m. x 3,45m.) située au sud, « éloignée du bruit de la circulation du monde, était… sur la campagne », le maître à l’étage, il fallut faire le mobilier car, « dans un état de complet délabrement, les tables décraquent de toutes parts ». La commune fit construire « trois tables et leurs bancs (4 m. de long) adaptés pour les jeunes élèves qui commencent à écrire sur l’ardoise ». Tout est précis : ardoises à 0,60 m. les unes des autres, sur certains bancs, alors que sur les autres, les encriers sont séparés de 0,75 m. Il y a entre 15 et 17 élèves mais pas de filles.

        R.-V. Jullien officiera de 1840 à 1849, puis il démissionnera. Il y aura une année de « vacances » pour les élèves avant qu’Antoine Cotton s’installe pour 1851 et 1852.

       Nouvelle interruption et ce sera en 1855, un nommé Barthélémy, puis Chagne en 1856. Quatre années de grandes « vacances » et en 1860, c’est Joseph-Bruno Michel. Il ne restera qu’un an et ne sera remplacé qu’en 1862 par Antoine Cotton, déjà vu : il siègera jusqu’en 1865. Nouvelle interruption et en 1867-1871, c’est Pierre Paul Demeneti. Une période de trente années où l’école n’est assurée que pendant 22 ans. En 1871, apparaît une demoiselle Rose Chamboredon pour les filles : on en reparlera.

       À partir de là, il faut jouer serré avec les dates :

        1852, création du cahier de textes (P. Cézanne avait déjà quitté l’école).

        Même année, création du baccalauréat en deux parties.

        1881, loi Ferry ( gratuité des écoles primaires publiques).

        1882 et 1886 : loi organique de l’Enseignement Primaire avec organisation du certificat d’études.

        1884, invention du stylo (Waterman à New-York), ce qui ne concerne ni Cézanne, ni l’école de Mimet, pas encore.

        1917 : arrivée du « chewing gum » avec les Américains, mais Cézanne est mort en 1906, il n’en mâchera jamais et les Mimétains pas tout de suite !

        En revanche, à la mairie de Mimet, les événements se précipitent, août 1881, le conseil écrit : « … L’institutrice communale congréganiste que nous avons depuis plus de dix ans déjà est âgée ce qui ne serait pourtant point un défaut pour nous, si elle n’était d’une incapacité rare reconnue par les élèves mêmes ». Il s’agit de demoiselle Chamboredon que l’on assassine de la sorte ! Et cela continue : « L’instruction, dans notre village, pour ce qui concerne les filles, est pour ainsi dire d’une nullité complète, grand nombre en effet de jeunes filles ou femmes ne savent pas même lire ce qui est une honte pour le pays ». Bref, le conseil réclame de « remplacer l’institutrice congréganiste par une laïque » dotée d’un Brevet de capacité, faute de quoi ce sera la démission collective. Nul doute que Cézanne ait apprécié une telle rébellion, lui qui avait écrit sur le registre familial, « Cézanne le banquier ne voit pas sans frémir, derrière son comptoir, naître un peintre à venir » ! Et encore ne cite-t-on que les pensées convenables !

       Les Mimétains, n’obtenant pas satisfaction à la rentrée suivante, voient leur conseil démissionner en bloc. Les négociations commencent avec la préfecture et quelques semaines plus tard, c’est une institutrice laïque qui s’installe à Mimet, en fin 1881 : victoire mimétaine sur les lenteurs, lourdeurs et pesanteurs administratives.

        Mais l’affaire Chamboredon n’est pas achevée. Ceux-là même qui réclamaient le départ de la congréganiste la demandent, à présent pour deux raisons. A savoir d’abord que Mimet, avec plus de 500 habitants, doit avoir une « salle d’asile ». Disons, une école maternelle pour les moins de six ans. Ensuite que Demoiselle Chamboredon, privée de son emploi n’a plus de travail et reste sans ressources ce qui ne laisse personne indifférent. 

         Voici Demoiselle Chamboredon à l’incapacité reconnue mais d’une incommensurable sollicitude pour les petits, nommée, derechef, directrice de la salle d’asile. Un bel exemple d’habileté politique et d’humanité de nos ancêtres : ils ont obtenu ce qu’ils voulaient sans léser personne. Si elle n’eût été sœur congréganiste, Cézanne aurait aimé rencontrer demoiselle Chamboredon.

         Il restait à construire une vraie école. On s’en inquiéta dès 1877. On pensa d’abord le faire dans le village. Et on en vint à acheter « un terrain de la Tour, pour un avenir plus prospère et plus favorable pour le bien du pays ». On approuve le cahier des charges pour la construction du groupe avec un devis d’environ 26.000 francs payés aux 2/3 par l’Etat et le département. L’adjudication se fait en 1880. Et dès 1882, loi Ferry oblige, il faudra rappeler aux Mimétains qui se sont si bien battus pour avoir instituteurs et école, qu’il faut y envoyer leurs enfants ! Pour ce faire, une commission municipale scolaire est fondée : la loi l’exige. Scolarisation obligatoire jusqu’à douze ans même si cela est gênant pour les travaux agricoles !

         Mimet a une école avec deux entrées, une pour les filles, l’autre pour les garçons. Des murs protecteurs entourent la cour ombragée par de grands arbres : la forteresse du savoir est à l’abri des colères du monde, elle est gardée par des maîtres vigilants qui conduisent leurs élèves vers le « certif ». Mon grand-père, Monsieur Arthur Guillaneuf eut l’honneur d’y servir avant la première guerre de 1914 : quand il revint en 1918, il était gazé de Verdun et il avait perdu un rein. Il laissa la place, pour un poste moins fatigant, à Monsieur David qui y rencontra Mademoiselle Maurin. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’élèves !

          Cézanne, lui, était mort en 1906 et nous, Mimétains, nous contemplons sa montagne tous les jours, il disait d’elle : « … elle s’évapore, se fluidise. Elle participe toute bleutée à la respiration ambiante de l’air ». Elle était son école.

CONSTRUCTION DES ÉCOLES COMMUNALES DE GARçONS ET DE FILLES À MIMET

 

       Le 31 août 1879, une affiche de la sous-préfecture d'Aix-en-Provence annonce l'adjudication de travaux communaux pour la "construction d'une maison d'école" à Mimet.

       Auparavant, il avait fallu trouver un terrain destiné à l'emplacement d'un groupe scolaire : ce qui fut fait par enquête

         HISTOIRES DE CLOCHES : L'HORLOGE et les CLOCHES durant la RÉVOLUTION

 

          La cloche et l'horloge

 

          En réalité, les deux cloches : l'une de 1761 ("fecit 1761"), l'autre de 1774. La première fut installée par le prêtre Antoine Morenas, dans l'embrasure ouest - nord-ouest. Elle est dédiée à Jésus, Marie, Joseph et... Gapopin le fondeur ! Il n'y a ni parrain, ni devise, peut-être par esprit d'économie car il n'y a nulle trace d'aide, ni de l'Église, ni du seigneur, ni des autorités civiles de l'époque. La seconde porte : "a fulgure et tempesta libera nos domine", ce qui veut dire "de la foudre et de la tempête, délivre-nous, Seigneur", plus I G 1774 (Galopin, le fondeur, comme précédemment). Enfin, il y a les parrains "I (ou L) DELUY (Deleuil) et I SAMAR (Samat) consuls". Ces deux cloches peuvent tourner à la volée pour les grands événements (mariages, baptêmes... ) ou donner l'heure : pour les premiers avec le battant, pour la seconde avec le "marteau de tintement" qui tape sur la lèvre de la cloche. Quant au fondeur, il y en avait deux : Henri et François, d'Aix, ils devaient être frères et disposaient d'une notoriété bonne puisqu'ils avaient réparé "Madeleine" en 1771, elle sonnait le tocsin depuis 1425 et servira le culte constitutionnel en Aix depuis le clocher de Saint-Sauveur.     

          Comme les deux cloches de Mimet, elle échappa à la Révolution qui aimait transformer en canons ou en pièces de monnaie, leur bronze fondu avec des doses secrètes propres à chaque fondeur. On parle ainsi d'airain et nos cloches ont une voix de mystère.

          Pourtant, il y en a une autre, encore plus secrète : elle est juchée en haut du clocher, au-dessus des deux autres, suspendue au campanile et comme une goutte émeraude en plein ciel.

          Lorsque la Révolution arriva, elle n'existait pas, mais ses compagnes durent se taire : on leur ôta le battant de fer et par cette artifice, devenues muettes, elles se firent oublier des autorités révolutionnaires peu favorables à l'Église, Au moins pour celle de 1774, les Mimétains, surtout le "Deluy" et le "Samar" savaient ce qu'il en coûte de fabriquer une cloche et de la poser ! Avec le prêtre Laurent Brachet, une entente se fit. Parfois, le silence est d'or.

          Pourtant un problème apparut très vite. Les cloches de l'église rythment la journée, on les entend plusieurs fois par jour : des mâtines aux vêpres, l'angélus trois fois, matin, midi et soir. Des repères précis perçus dans les collines et les champs jusqu'à près d'une lieue ! Sans oublier le tocsin pour les incendies, le glas pour les morts, la sonnerie pour les fêtes...

          Plus de cloche, pas de montre, c'est la gêne ! une bonne raison de rouspéter. Pourtant la Révolution se radicalise et apparaît, à Paris, le Comité de Salut Public en avril 1793 et le redoutable Robespierre. La distance, sans doute, les échos arrivent à Mimet en retard et atténués : par exemple, le 9 juin 1793, on ne sait pas qu'on est entré dans le nouveau calendrier républicain, l'An I dès septembre 1792 !

          Or le 9 juin 1793, en principe l'an I de ladite république, la délibération du Conseil municipal décide "... la plateforme, en pierre de taille du clocher et le pavé de marbre a placer dans le sanctuaire de l'église paroissiale..." ; et plus loin, "D'après l'avis du directoire du district, et l'arrêté du département des Bouches du Rhone, qui donne l'horloge a la commune de ce lieu, moyennant que la commune payera les frais de transport, tant pour l'horloge que la table de communion que pour le pavé de marbre. La dépense qu'il y a a faire pour tout cela le tout se monte a neuf cent cinq livres quinze sols... trois livres pour le cordage de l'horloge". Beaucoup d'argent ! Un don qui revenait cher mais on ne peut rien refuser à ce district ni à l'arrêté du département, surtout après une demande formulée imprudemment : première raison d'accepter. La seconde est que, malgré tout, le 19 avril 1792 dans la liste des dépenses, on trouve : "... de trente livres neuf sols en un mandat en faveur d'Etienne, maire... pour la peau d'un tambour... et vingt trois livres dix sols pour papiers, chandelles et réparations aux cloches..." puis "... de neuf livres en un mandat du 20 octobre 1792 en faveur du citoyen Reynaud Maréchal a gardanne pour avoir ferré la cloche de la paroisse pour la faire sonner...".  Non les deux, mais une seule pour avoir l'angélus... ! L'heure de l'église, la ci-devant : une cloche avait retrouvé son battant de fer des mains de Reynaud Maréchal après qu'il y ait eu "réparations aux cloches"  !

          Réponse du berger (conseil municipal) à la bergère (l'Église), le 18 août 1793 (cette fois, an second de la république française) : "... faire placer l'horloge et comme cet ouvrage ne peut se mettre aux enchères il est nécessaire aussi de le faire placer a la journée à moins de frais que faire se pourra... ".

          Un peu plus tard, on connaît la dépense : "... de nonante sept livres dix sept sols six deniers en mandat du 13 novembre 1793 en faveur de Jacques ilard de Gardanne pour fournitures ouvrage de serrurerie au placement de l'horloge sur le clocher de la paroisse et pour le transport d'y celui de notre dame des anges et les dits ouvrages faits par économie sous l'inspection des officiers municipaux... ", quatre mois après la décision du 9 juin 1793. De grosses dépenses pour un pauvre village, en tout, transport et pose, plus de 1000 livres pour l'horloge. On ne dit pas comment ce sera payé ni qui le fera !

          On avait l'heure précise avec même les minutes... si on restait sur la place du village, comme maintenant ! Mais, pour ceux qui travaillaient dans les champs, aux Vignes Basses ou à la Pignatelle, l'heure était toujours fournie par la cloche, en tout cas l'angélus, parce que, de ces quartiers, on ne peut lire l'heure! Succès mitigé de l'horloge.

          Alors, "... aujourd'hui onzième brumaire année troisième républiquaine (1er novembre 1794) le conseil général de la commune de Mimet fait assemblée dans la présidence du citoyen Joseph Samat maire ... auquel conseil général le citoyen maire a dit et exposé qu'il serait très utile et neccessaire de faire sonner l'horloge qui est montée sur  le clocher de notre cidevant église et que pour faire cette dépense il coutera la somme de cent cinquante livre a la communauté : c'est a deliberer...

          ... Le conseil général après avoir oui l'agent national a unanimement deliberé de donner le prix fait a l'horloger pour le prix mentionné ci dessus". D'autant que tout le monde, y compris les partisans des cloches, doit payer !

          À présent, on a une cloche qui sonne l'angélus et une horloge qui sonne toutes les heures, grâce à la campane nouvellement placée dans son abri.

          Le problème est qu'il faut entretenir le cadran et son mécanisme : il y a des frais ! Il faut nommer un "conducteur des horloges" même s'il n'y en a qu'une, réparer l'horloge et la conserver en état. Malgré tout, il y a des pannes, alors on en profite pour supprimer le traitement du "conducteur des horloges", l'un des premiers employés municipaux, on dirait aujourd'hui "employé des collectivités locales".

          Bref, Mimet disposait à présent d'une cloche républicaine et laïque avec cent ans d'avance, plus deux cloches d'église en bon état, dont une "ferrée". Tout le monde était, presque, satisfait.

          Pendant ce temps, ailleurs en France, la guillotine fonctionnait, la guerre tuait aussi aux frontières ou en Vendée. Les Mimétains s'occupaient d'avoir l'heure, ce qui n'est pas si mal !

          Pourtant, l'affaire n'est pas achevée : en 2016 la Mairie de Mimet réalise des travaux, en particulier sur le toit du clocher et pour le campanile qui le surmonte  et où se trouve cette cloche, plus petite que celles de l'église, juste en dessous...

 

          La cloche à six têtes

 

          ... Outre les dépenses pour la pose de l'horloge et l'entretien du mécanisme, il y a des arrêts. Et c'est compliqué, elle ne sonne pas comme il se doit, il faut réparer : 10 mai 1806, "cinquante francs", sous Napoléon, 8 mars 1812 "quarante francs... pour réparer l'escalier qui conduit à l'orloge de la caisse icelle attendu que le tout menace ruine... et sans lesquelles réparations la commune serait bientôt sans orloge", 12 mai 1829, 10 mai 1830 "... la somme de 40 francs pour réparations à faire à l'horloge... " et ainsi de suite...  

          Pendant ce temps, les deux cloches du clocher fonctionnent sans un sou. Mais il y a pire. Ce que ne savent pas les Mimétains, c'est qu'au sommet de leur église, la cloche du campanile recèle un mystère : pas gros, il s'agit de six têtes humaines et elles semblent faire partie de la cloche à sa fonte. Les travaux commandés par la mairie les ont révélées en mai 2016. Elles ne sont pas grandes, trois ou quatre centimètres de hauteur chacune, mais elles sont sur le dessus de la cloche, sur le point où se raccordent les six côtés des trois anses de la couronne, juste sur ce que les spécialistes appellent le "cerveau" de la cloche. Et elles sont invisibles d'en bas, de la place, même avec des jumelles : il faut être sur le clocher, ce fut le cas en ce mai 2016 pour réparer la toiture et même là, on les voit à peine. C'est voulu !

          L'inconnu qui a fondu cette petite cloche, d'environ 30 à 40 centimètres, l'a faite muette sans aucune inscription, ni date, ni nom du fondeur, ni dedans, ni dehors, mais il a laissé un message secret.

          Les têtes, sans doute les mêmes pour les six, portent, pour deux d'entre elles, une moitié de coeur qui se raccorde sous le menton. Pour deux autres, au même endroit, toujours sous le menton, une sorte de fleur à trois pétales tournés vers le bas.

          Sur le dessus du crâne, deux par deux, on a une sorte de cercle gravé duquel sortirait une forme en oiseau pour les premiers et pour les seconds, un oeil sans pupille juste au-dessus du front et d'où jaillit une pointe avec un creux en triangle allongé. Les deux têtes perpendiculaires aux quatre autres ne sont pas ornées.

          Étrange message sans doute codé : il nous manque pour le comprendre les correspondances semées par le fondeur sur d'autres campaniles. On ne sait où. Existent-ils ? Plus fort que le "Da Vinci Code" ! Ce mystère appartient à Mimet, l'inventeur en est Alain Mouliers né dans le Cantal et curieux de tout : très étrangement, il a vu deux têtes dans un premier temps, puis deux autres, enfin les deux dernières, ce qui fait six. Et, il les a photographiées. Les reliefs sont apparus après nettoyage par les personnels de l'entreprise de rénovation des campaniles, une femme et un homme de la maison "Poitevin".

          Ces têtes parlent-elles aux points cardinaux, aux saisons, parlent-elles d'organisations secrètes, s'agit-il d'un jeu ou s'adressent-elles au ciel puisqu'on ne les voit que du dessus ?

          Une cloche discrète et mystérieuse qui donne l'heure, parfois avec fantaisie : elle est anonyme et nous conte une histoire d'extraterrestre, pourtant elle ne semble pas s'adresser à la planète Mars !

          Certains songent, avec toutes ces cloches, à Don Camillo et Peppone, à Fernandel. Et justement, ce dernier est venu tourner "Le boulanger de Valorgue" à Mimet, juste en dessous, sur la place, en 1952.

          Il n'y a pas de hasard et très peu de certitudes.      

       LE "CABANON" SAINT-JOSEPH, À LA PIGNATELLE

       Sur le replat de la colline, à la Pignatelle, dans une propriété privée, on trouve un bâti loin de tout.

       On le baptisa "Saint-Joseph", on ne sait quand, ni par qui. Mais, au-dessus, il y a le col Sainte-Anne, mère de l'épouse de Joseph, qui amène vers Notre-Dame-des-Anges dédiée à Marie, ou, la Saint Famille avec Jésus qui figurait dans la première crèche de Provence, celle de 1642 à Notre-Dame-des-Anges, chez les Oratoriens.

       Ce cabanon est construit avec pierres d'angles, murs épais (40-50 cm. d'épaisseur), très fortement et pour résister au temps. Il est composé de deux pièces avec portes et fenêtre au sud, et un grenier spacieux, au-dessus, sous la toiture.

       Il appartenait au XXe siècle à Liberté, Socrate, Émile Gajan, habitant de Mimet et à son père Faren : ce qui en provençal veut dire, "ne fait rien", un surnom car Faren était un gros travailleur. Il mena ses vignes et ses champs. Mais, paradoxalement, ce cabanon ne servait pas pour les travaux agricoles.

       En réalité, Faren et Liberté étaient "libres penseurs", on dirait aujourd'hui des laïques. Cette libre pensée issue de la révolution de 1789 existait en ces villages provençaux et des réunions se faisaient ici, en ce cabanon. Pour affirmer cette libre pensée et leur attachement aux idées révolutionnaires, les libres penseurs firent peindre, au bas du mur de la pièce où on se reposait et mangeait, le drapeau tricolore français, bleu-blanc-rouge en une frise faisant le tour, d'un côté de la porte à l'autre : il en reste des souvenirs fanés mais reconnaissables. Devant cette affirmation révolutionnaire, à la fois cachée mais connue de tous, les libres penseurs se lançaient des défis. Les plus retentissants furent les défis culinaires !

       - "Tu n'es pas capable de manger un kilo de macanoris !"

       - "Tu n'es pas capable de boire un demi-litre de blanche !"

       - "Tu n'es pas capable...."

       Et ainsi de suite ! Défis lancés le vendredi saint où faire gras est interdit par l'Église et ses partisans. Il était indispensable de les défier à distance et de façon discrète.

       Un de ces vendredis, ce fut :

       - "Tu n'es pas capable d'avaler une grive entière d'un seul coup!"

        Une grive plumée, passée au tourne-broche avec la tranche de pain cuite dessous et imbibée du jus de cuisson, avec les bardes de lard. L'impétrant ne put résister, il saisit la grive grillée à point, la mit dans sa bouche et tenta le coup : il en mourut étouffé, elle ne passa pas. Ce gourmand inconnu et libre penseur ne laissa même pas son nom, mais seulement les raisons de son décès. Et l'ange, en bois d'amandier et en polychromie du XIVe ou XVe siècle qui se trouvait par là, ne put rien pour lui. Il n'y eut, semble-t-il, plus de ces réunions ! L'ange vint à Mimet, chez Liberté, puis, lorsque le bien fut vendu, la statue retourna au cabanon, ensuite on perdit sa trace : on était dans les années soixante. Le dernier libre penseur fut enterré avec le drap noir qui, d'ordinaire, aux temps glorieux de la libre pensée, était tenu aux quatre coins par quatre libres penseurs ; on évitait l'église.

       Et avant ? Avant la Révolution ?

       Il faut reculer dans le temps : la glacière n'est pas loin, cent mètres en contrebas. Auprès de cet édifice industriel où l'on conservait la glace qui partirait vers Marseille et Aix, il n'y a pas d'installation connue. Or le cabanon Saint-Joseph dispose de deux aménagements indispensables pour cette glacière, la première de Provence, bâtie de 1642 à 1646, par deux marchands marseillais : une forge et une pièce pour du foin.

       C'est-à-dire, la forge pour vérifier et ferrer les mulets venant d'Allauch et transportant la glace dans leurs bâts. Après le chemin caillouteux, on devait vérifier ou changer tel ou tel fer pour le retour jusqu'à la Débite, au sud de la commune. La caravane de mulets, quinze à vingt bêtes par voyage, réclamait ce soin.

       Et pendant qu'on vérifiait l'état des mulets, ils se reposaient et mangeaient le foin entreposé dans le grenier-fenière, au premier étage du cabanon. Cependant que le muletier et ses aides se restauraient dans la pièce qu'occuperaient, plus tard, les libres penseurs !

       Ainsi, ce cabanon a sa place dans un aménagement plus général, celui de la glacière et du commerce de la glace très organisé et très rémunérateur : le soin pris à le construire s'explique, comme s'explique l'absence de bâtiments de service autour de la glacière. C'est ici qu'il faut le chercher, à Saint-Joseph, juste au dessus.

 

       Lorsque les propriétaires actuels s'installèrent, ils trouvèrent le cabanon en triste état. Les murs s'écartaient, le toit n'était qu'un souvenir, le lierre envahissait tout : ils réparèrent et restaurèrent le cabanon. Il avait fallu deux siècles pour qu'il devienne presque une ruine.

       Alors, à présent, on pourrait faire une hypothèse historique à propos de la forge. À Saint-Joseph, référence religieuse en relation, peut-être, avec le chemin des Oratoriens pour N.-D.-des-Anges, n'y a-t-il pas recouvrement tardif d'un souvenir issu du passé lointain ? Celui des Gaulois et de ce qu'on nommait un "némète". C'est-à-dire un espace mis sous la protection des dieux d'alors. Au centre de cet espace, pouvait se trouver, en ce temps, la forge du forgeron capable de fabriquer les redoutables épées gauloises. Tout autour, poussent des bois de chênes, dont le chêne vert qui donne le meilleur charbon de bois chez les charbonniers : ceux du XIXe siècle l'utilisaient comme ceux du passé, comme ceux des mulets de la glacière. Pure supposition, hypothèse qu'on ne peut prouver mais elle est séduisante, elle est romanesque, mais c'est l'Histoire qui l'est !

       Cette façon pourrait expliquer ce nom de baptême, Saint-Joseph, sur le chemin sacré de N.-D.-des Anges, pour effacer une ultime survivance du lointain passé païen : ce toponyme, Saint-Joseph, n'ayant aucune explication logique au milieu de Passaga (passage de l'eau), la Glacière, la Pignatelle, l'Arénier, la Galinière, la Verrerie...

       Nous vivons dans des paysages qui ont connu mille histoires, chacune ne laissant que quelques vestiges, parfois ténus, presque invisibles, sauf si l'on a un troisième oeil !