Le village de Mimet

 

LA FORTERESSE  DE  MIMET

 

        Une photographie montre le début de la naissance d'un arc en plein cintre roman construit dans l'épaisseur de la muraille d'enceinte. Il prend racine contre le mur sud-ouest du donjon avec, sur la même photographie, l'existence d'un escalier montant vers le chemin de ronde, toujours côté sud-ouest.

        Il s'agit d'un vestige, aujourd'hui disparu lors de la construction de la véranda Portigliati, d'une partie de l'entrée principale au château de Mimet.

        Avec les travaux du "Barri" (rempart en provençal), une structure est remarquée. Un morceau du rempart encore debout est apparent, l'autre n'est fait que de quelques pierres en place. En les dégageant, il apparut qu'il s'agissait de la suite de la muraille du château, mais avec un angle permettant de se raccorder au donjon. Cet angle est marqué par des "boutisses", pierres longues formant clé pour résister à tout événement (ce sera le cas lors du tremblement de terre de Rognes en 1909).

        En même temps, une seconde construction placée dans la pente, en avant du donjon, laisse découvrir un angle construit. On constate que, une fois dégagé, ce mur se raccorde, à angle droit, avec la base du bout de rempart sorti de sa gangue de terre et de gravats.

        L'idée s'imposa : il fallait poursuivre ces travaux de terrassement. Cette structure enterrée, à peine visible, fait 8 mètres à l'ouest, 3,3 m. dans le morceau rejoignant le rempart. Sa partie nord-est, alignée sur l'angle droit du donjon, fait 5,5 m., dont 3 m. sous la route. Il apparaît, en hypothèse, qu'il s'agirait d'une barbacane (ou défense avancée) devant le portail d'entrée : une tour, plus ou moins quadrangulaire, pour protéger et rendre difficile la pénétration dans la place, avec une première porte et un parcours en chicane. Lorsque une porte est ouverte, la seconde est fermée. Cela donne sur la haute cour. La hauteur de cette défense devait être celle du rempart, du chemin de ronde, ni plus haut, ni plus bas. Le long du donjon, plusieurs meurtrières protègent l'accès par le chemin de l'église.

        Ainsi, cette partie de la forteresse de Mimet, l'une des 72 de Provence, construite en haut de la colline avec une pente de 45°, était presque inexpugnable : la forêt n'occupait pas l'espace, sans pollution, on voyait jusqu'à Aix et tous les villages : Gardanne, Bouc-bel-Air, Fuveau...  Aucune surprise possible. La vue passait au-dessus des maisons du village : on observait la chaîne de l'Étoile jusqu'au Puech, le col de la Basse, un poste à 360°.

        Cette construction est datée du Xe et début XIe siècles : le commencement  de la féodalité. Les pierres gris-bleuté de Mimet, revêtues ou non de crépi, mais toutes jointoyées soigneusement pour éviter l'escalade à mains nues, laissent place aux meurtrières pour les archers, à des trous carrés en ligne afin de permettre l'usage de poutres qu'on y engageait : ce qui offrait, en disposant des planches, la possibilité d'avoir un échafaudage pour les réparations, l'entretien. Après les travaux, ces trous réguliers étaient rebouchés et repérés pour la fois suivante. La découverte d'une pierre de fronde montre que  des frondeurs participaient à la défense (arme de berger).

        On sait que le château fut pris une fois, le 22 août 1589 par les mercenaires du Duc d'Épernon : le fut-il par un assaut, par la soif ?  Que firent-ils ? Pillages, incendies, destructions ? On ne dispose d'aucune information. Sauf une : une tuile gallo-romaine, un fragment découvert en décembre 2015. Il porte des traces de mortier et de feu. D'autres morceaux, deux autres, faisaient partie de la construction du rempart Xe-XIe siècles, mais eux ne portent que des restes d'enduit. Il y a eu incendie à un moment donné : eut-il lieu au passage des mercenaires d'Épernon ? Nul ne peut le dire mais ce n'est pas impossible : le château de Mimet fut pris par ces gens. Il est probable qu'ils ne se soient pas contentés d'amabilités et qu'après le butin (on parlait du sac), ils aient mis le feu...

        Sans doute s'acharnèrent-ils sur la partie sud où des bâtiments plus "modernes" avaient été édifiés au XVe ou XVIe siècle : les fenêtres à meneaux l'attestent.

        Ainsi, le château de Mimet se composait d'une double construction. Le château vieux des Xe-XIe  siècles composé du donjon, de vastes salles voûtées sur lesquelles reposait le logis seigneurial, plus les remparts et deux cours.

        Et un nouveau château, plus avenant, confortable, avec fenêtres à meneaux sur l'Étoile, au bon soleil du sud, plus facile à chauffer, on a retrouvé des bouts de cheminée en pierre. C'est certainement pour ce second château qu'on pratiqua une ouverture, en forme de niche, dans le rempart : sans doute pour accéder à des caves sous les bâtiments. Ceci avancé sans certitude : la seule chose que l'on peut dire, c'est que cette niche n'est pas un poste de garde. Elle n'aurait servi à rien et constituait un point de faiblesse en cas d'attaque.

        De ce second château, presque Renaissance, il ne subsiste que la maison Corellou avec sa fenêtre à meneaux et son four banal (10). Tout le reste a disparu peu à peu : les pierres servent de matériau pour le village, sans doute depuis le XVIIe siècle et jusqu'au XXe.

        À examiner de près les cartes postales de Mimet (datées par la poste de 1905 à 1908, avant le tremblement de terre de 1909), on constate que sur la partie ouest du donjon à la première dépendance XVe-XVIe siècle, il y a une brèche de 20 à 25 mètres. Juste à la place de l'entrée principale du château. Si 1909 n'est pour rien dans cette anomalie, il faut chercher ailleurs l'explication. Au temps d'Épernon, les mercenaires ne s'occupaient que de pillage. Les destructions n'étaient que collatérales !

        Il se trouve que vers 1620-1630, après les guerres de religion, certains ultra catholiques, les ligueurs, cherchent encore à tenir tête au Roi Louis XIII et surtout à son premier ministre, Richelieu. Celui-ci, en homme d'État, veut asseoir le pouvoir royal. En 1620, le château d'Hyères est démantelé. En 1630, c'est le tour d'Orgon, qui appartenait à Guise. En 1631, c'est la cité des Baux qu'il fait assiéger, puis il pulvérise les remparts par "la poudre et la pioche". Il n'est pas impossible que Mimet, l'une des 72 forteresses de Provence, ait subi, partiellement, le même sort. Alors, environ 40 années après les mercenaires d'Épernon qui n'avaient rien arrangé, on peut envisager le travail des hommes du Roi. Il ne s'agissait pas de raser mais de rendre inoffensive la place : l'entrée du château et la barbacane la protégeant auraient disparu alors, arasées jusqu'au sol. Les pierres roulées dans la pente ont dû faire du chemin, le reste a enterré la base du rempart et comblé la barbacane que nous retrouvons aujourd'hui. Le château ne pouvait plus se défendre et l'orgueil du seigneur, famille des Estienne de Chaussegros (Jean d'Estienne de...) s'en trouvait rabattu. La forteresse devenait inoffensive, réduite à son donjon. Le logis seigneurial, lui-même, se trouvait exposé par l'effondrement du rempart à l'est, juste devant l'église. Là non plus, le tremblement de terre n'y est pour rien (cachet de la poste).

        Non seulement le rempart fut mis à bas, mais l'entrée d'une salle, ou d'une cave, a été malmenée, offrant un trou béant à la place de la porte. On peut supposer, ici aussi, que les ordres de Richelieu y sont pour quelque chose ! Cette fois, le mur, au pied duquel se trouvait le pilori seigneurial, face à l'entrée de l'église, perdait de sa superbe. On peut penser qu'une troisième brèche fut pratiquée, juste au-dessus de la rue de l'église. Ainsi, le château de Mimet, forteresse redoutable, comportait désormais trois brèches, une à l'est, l'autre à l'ouest  et une au sud.

        La famille Perrier acheta cette partie du château vers 1931 ou 32 : elle reconstruira cette portion de muraille en bâtissant l'escalier d'accès actuel toujours en place. En même temps, elle comblera avec de la terre, des pierres et autres, la cour pour en faire un jardin. Ce faisant, elle y enterrera les ruines d'un bâtiment dont le tracé se retrouve sur le cadastre de 1932. la troisième brèche sera remplacée au XVIIIe siècle par un mur de soutènement : pour la maison qui fut édifiée, en haut.

        Une carte postale datée de 1905 montre qu'il ne demeure que des hauts murs de façade du château XVe. En juin 1909,  c'est le tremblement de terre de Rognes : toute cette partie s'écroule dans la rue Mistral. Sauf un morceau du mur ouest.

        La municipalité de l'époque, en 1909, ne sachant quoi faire de ces gravats, édifia un petit mur à l'avant de la niche  pour y entasser derrière, ces monceaux de pierres et de débris. Elle fit sans doute, peut-être, bâtir aussi un dépôt à ordures ménagères. À son tour, cette construction faible, mal entretenue, tomba en ruines. En même temps, la quantité de gravats provenant de l'effondrement fut si volumineuse qu'il fallut les utiliser. Ils servirent de soubassement à la route goudronnée du Barri : un muret de soutènement, épandre ces débris et les recouvrir de goudron. Preuve en est, les deux morceaux de tuiles plates gallo-romaines découverts, l'un devant l'ancien établissement des "bains-douches", sous le revêtement, en 2013, durant les travaux de rénovation de la distribution de l'eau. Le second retiré en décembre 2015, pendant le dégagement du rempart, au-dessus de l'ancien dépôt d'ordures. Tous les deux portent des traces d'enduit à bâtir. Ils ont été utilisés lors de la construction des remparts (Xe-XIe siècles) comme matériel de réemploi et en provenance sans doute de la villa gallo-romaine des Vignes Basses : ces fragments se trouvent à la Maison de la Mémoire avec celui qui porte des marques de feu (mercenaires d'Épernon ?)

        Aujourd'hui, de vastes travaux (fin 2015 et 2016) sont entrepris par la mairie : faire disparaître les dépôts, bâtir une alvéole de rangement pour les conteneurs à ordures, aménager des places de parking, édifier un escalier, le tout en pierre de Mimet, pour accéder au château en toute sécurité, établir une table d'orientation, restaurer et en même temps préserver les vestiges médiévaux des remparts qui nous sont parvenus... Cet ouvrage regroupe à la fois des moyens modernes, et des moyens traditionnels. Les pierres sont taillées une à une par des tailleurs de pierre, comme il y a mille ans. Une magnifique réalisation donnant sur un point de vue unique. En construisant pour l'avenir, Mimet a retrouvé son passé.