LE LAVOIR DU VILLAGE

 

          À Mimet, des lavoirs, sur la commune, il y en eut six, peut-être sept. Le plus important se trouvait au bas du village, au lieu-dit Fontaine de Mimet. Dès 1833, sur le premier cadastre baptisé napoléonien car voulu par Napoléon 1er, on distingue, très nettement, les bassins de pierre froide tels qu’ils existent aujourd’hui.

          Il est très probable, date inscrite en un cartouche de 1829, qu’ils furent bâtis à cette date. En même temps que l’aménagement de la source qui fut canalisée à ce moment. Alors, ils représentaient un lavoir à l’air libre : l’eau de la source transitait par eux avant de s’écouler dans le ruisseau en aval. Pour s’y rendre, c’était le Chemin de la Calade datant, lui, de la fondation du village, fin Xe, début XIe siècle : il commençait par de longues marches,  les « pas de mule », puis, sur la pente plus douce, il se constituait de pierres plates et de dalles de pierre. Tout cela a disparu lors de la pose du tout-à-l’égout, puis du goudronnage ! À l’emplacement du lavoir, ce chemin passait entre la fontaine de Mimet et les bassins, sous les réservoirs d’eau encore en place, pour remonter vers la croix de la maison du Rey.

          Ce n’est que plus tard, vers 1850-60, qu’un bâtiment fut édifié : une toiture posée sur six piliers de pierre blonde. La date ne peut être antérieure car on ne fabriqua pas les tuiles plates, à Marseille, avant cette période. C’est encore plus tard, entre les deux guerres, qu’on construisit les murs de protection contre le vent pour préserver les lavandières. Sur le côté, hors du bâtiment principal, fut établi un abri sous lequel on installa le « lavoir des contagieux », en aval de la source et hors des bassins. Il fut fourni par la mine du puits Biver : du ciment moulé sur une arcature de fers à béton, du solide !

          Sur le devant, point de fermeture dans les premières  années 1900, une carte postale le prouve. Mur et porte se firent avec le reste, vers 1920-30. Au-dedans, désormais protégé, les femmes disposaient d’un foyer sur lequel trônait une marmite de fonte. C’est Josette Pastor, née Michel qui, arrivée la première le matin, allumait le feu pour tout le monde.

          Alors, les femmes et les filles, les gosses, se pressaient autour de la « bugado », la lessive. Si, autrefois, on ne faisait que rincer le linge blanc, passé à la cendre de bois, à présent, on lave au savon de Marseille. Les marques « le Chat », « l’Abeille », « le Moulin », « l’Abat-jour » vantées sur une publicité peinte à l’épicerie de Gabrielle sur la Place de la Mairie, le permettent. Mais, on le fait dans le grand bassin du milieu. Les lavandières installées dans leur caisse, battent le linge puis le mettent dans le premier bassin où l’eau claire arrive : il s’y rince. Après un moment, on le dépose à cheval sur la poutre de bois où il s’égoutte ; ainsi, on peut le tordre et l’essorer plus facilement, sans le changer de place. Ensuite, dans les champs recouverts de thym et d’herbes aromatiques, on étale le tout. À midi, on le remouillait un peu. Le soir, tout était parfumé ! Il fallait veiller à ne pas exposer au soleil les broderies patiemment réalisées pour le trousseau de mariage !

          Ce lavoir servit jusque vers les années 1950. les arts ménagers et le « projet Rigaud » qui amena « l’eau à la pile », à l’évier, vers 1957, firent qu’il devint inutile. On l’abandonna. Les tuiles servirent de cible aux gosses et la toiture ne fut, bientôt, qu’une passoire. La notion de patrimoine n’existant pas encore, vers 1980, pour des raisons de sécurité, tout fut abattu. En mai 2009, la mairie de Mimet décide de tout dégager. On vit réapparaître les bassins, la fontaine, les pierres des piliers. En 2012, cet été, le lavoir fut reconstruit tel que nous le voyons à présent.

          Aujourd’hui, il est une partie de notre patrimoine car témoin d’une façon de vivre oubliée. Ses fantômes sont toujours en vie et pourraient vous en parler !

                                                           Bernard Duplessy