LA GLACIERE DE MIMET

     

          C'est un prototype : 1642-1646. 31 mètres de circonférence, 25 mètres à l’intérieur, épaisseur des murs, 1,15mètre. Diamètre de 7 mètres. 4 mètres au-dessus du sol.

          Construite par deux commerçants marseillais, Pierre Roman et Louis   Roubaud : ils demandent à Louis XIII l’autorisation de la construire et d’avoir le privilège pour  la vente de la glace pour 10 ans. Signature le 31 décembre 1642 de la lettre patente : « Les grandes chaleurs de l’été causant aux habitants de la ville de Marseille des incommodités très grandes et n’y ayant eu … personne qui aye voulu entreprendre d’y apporter le soulagement qui se pratique dans le pays d’Italie par la conservation des neiges et glaces… et nous ayant exposé ce jour les nommés Pierre Roman et Louis Roubaud, marchands de ladite ville de Marseille, que si nous voulions à eux accorder, pour un certain temps, la permission de construire des glacières… »

          Suivent accord pour dix ans, protection des entrepreneurs…

          En 1646, Pierre Roman et Jacques Reboul, le nouvel associé, signent chez le notaire : « … Roman et Reboul… une glacière dans le bien dudit Reboul située au terroir de Mimet. »

          La construction : au contact de 2 formations géologiques différentes.

          Le fond, en cul de chaudron, avec grille en troncs de chêne, fagots par dessus, pour les eaux de fonte (évacuation par une galerie ou un puits perdu ?)

          Les murailles du puits.

          Porte à l’ouest (et pas au nord).

          Pas d’atelier visible (bâtisse devant la porte).

          Hors du sol : la « cape de four », coupole bâtie en voûte telle une borie (exceptionnelle à Mimet).

          La toiture : un remplissage de sable et de terre, recouvert par les tuiles, avec une ouverture au sommet.

          Le tout monté à la chaux.

          Le remplissage : un volume à remplir de 150 à 200 m3

          En hiver (décembre à février) : 3 à 5 semaines de travail.

          À Mimet : on a la source, la maison du gardien, la zone des bassins de congélation (en bas).

          La glace est jetée, tassée, isolée des murs par du foin, de l’herbe.

          Par-dessus, de l’herbe et des poutres pour isoler le tout.

          Fermeture jusqu’à l’été.

          Le vidage : à partir de juin.

          On vide par le haut, on enveloppe la glace dans des sacs humides, de l’herbe.

          Le commerce : en route pour Marseille par le col Sainte-Anne, la Débite (où l’on débitait et vendait) près du Logis-Neuf.

          Transport par mulets (car, à Marseille, les charrettes sont interdites depuis 1561, autorisation seulement après 1770.

          Consommation :  pour rafraîchir les vins, y compris dans les auberges et cabarets à bouteilles, les maisons bourgeoises et nobles.

          Pour les sorbets, à partir surtout du XVIIIe siècle.

          Pour les hôpitaux.

 

          La lettre patente de Louis XIII, un des derniers actes signés par ce roi

          31 décembre 1642

               Lettres patentes Roman Roubaud.

Louis par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, Comte de Provence, Seigneur de Forcalquier et terres adjacentes, à tous ceux que ces présentes verront, salut.

Les grandes chaleurs de l'été causant aux habitants de la ville de Marseille des incommodités très grandes et n'y ayant eu jusqu'à cet hiver personne qui aye voulu entreprendre d'y apporter soulagement qui se pratique dans le pays d'Italie par la conservation des neiges et glaces, pour la grande dépense qu'il convient faire à la construction de certains lieux propres à conserver toute l'année lesdites glaces et neiges, et nous ayant exposé ce jour les nommés Pierre Roman et Louis Roubaud, marchands de  ladite ville de Marseille, que si nous voulions à eux seuls accorder, pour un certain temps, la permission de construire des glacières, ils en introduiraient à perpétuité l'usage dans la ville de Marseille et son territoire.

A ces causes, de l'avis de notre Conseil, de notre certaine science pleine puissance et autorité royale, nous avons permis et accordé, permettons et accordons auxdits Pierre Roman et Louis Roubaud le pouvoir de construire le nombre de glacières que bon luy semblera dans la ville de Marseille et son territoire. Et pendant ce temps de dix années, avec pouvoir de débiter ladite glace et neige.

Faisant très expresse inhibition et défense à toutes sortes de personnes de construire aucune glacière pour y vendre et débiter la glace pendant le temps de dix années, à peine de 2 000 Livres d'amende applicable [= destiné à] auxdits Roman et Roubaud.

Pourvu toutefois que le contenu ci-dessus ne préjudicie pas à l'intérêt public, et n'empêche les particuliers de construire des glacières pour leur usage particulier.

Si donnons mandement au Lieutenant et Sénéchal de ladite ville de Marseille et autres justiciers qu'il appartiendra de tenir la main à l'exécution des présentes et faire jouir lesdits Roman et Roubaud pleinement et paisiblement du contenu en icelles nonobstant opposition ou appellation quelconque. Si aucune intervienne, Nous avons réservé à notre Conseil la connaissance d'icelle et voulu interdire et défendre à tous autres juges.

Mandons au Premier notre Huissier ou Sergent faire pour l'exécution d'icelles tous exploits nécessaires.

 

Car tel est notre bon plaisir.

En conséquence de quoi, nous avons fait mettre notre Scel à cesdites présentes.

Donné à Saint-Germain en Laye, le dernier jour de décembre, l'an de grâce 1642 et de notre Règne le trente troisième

Signé : Louis et sur le repli "par le Roy, Comte de Provence, Philibeaux secrétaire"   

                                                                                                                      A.D. B 3356 Folio

Pierre Roman, Jacques Reboul, Pierre Bourgarel le fils, marchands de cette ville de Marseille, lesquels de leur gré moyennant leur foi, et serment qu'ils ont présentement prêté des mains de moi notaire en touchant les Ecritures ont dit et déclaré.

La vérité être telle savoir lesdits Roman et Reboul qu'il y a une glacière dans le bien dudit situé au terroir de Mimet laquelle iceux ont fait faire par commis, environ l'année 1646 et qu'il est encore en état.

                                                                                                                      A.C. Me Laure  B.B 107  page 27

(Cette glacière était située au nord et sous le village de Mimet, au lieu dit, quartier Ribas du More.)